dimanche 13 décembre 2015

1972 Belgrade

Lundi 19 juin 1972

A 9h, départ de Strasbourg avec mon ami tunisien Hichem Mansour pour dix jours de vacances en auto-stop. Nous prenons l'autobus jusqu'à Kehl (République fédérale d’ALLEMAGNE).
Début de l'auto-stop. Nous mangeons en cours de route à Karlsruhe.
Nous poursuivons sur les autoroutes allemandes et arrivons le soir à München (Münich), capitale de la Bavière. L'automobiliste qui nous a chargés nous fait visiter la ville en voiture, de nuit. Puis il nous ramène aux abords de la ville.
Nous montons la tente, à côté d'un champ de maïs. C’est une tente militaire récupérée dans un surplus américain, formée de deux pans réunis par des boutons à pression. Au sol, une bâche en plastique pour protéger de l’humidité. On mange ce qu’on peut (le reste de nos provisions).

Mardi 20 juin 1972

A l'aube, nous sommes réveillés par un tonitruant « Polizei ! » Nous sortons de la tente pour nous retrouver face à deux policiers, pistolets dégainés. Agréable réveil ! Vérification d’identité, contrôle à l’intérieur de la tente, etc.
On ne va pas traîner. Après avoir remonté la tente, Hichem et moi passons la matinée à Münich. On s’arrête dans un parc public où l’on avale un déjeuner improvisé, sur le pouce.
On envoie une carte postale à Annie, notre amie commune de l’école de journalisme.
Nous continuons l'auto-stop dans l'après-midi sur l’autoroute et nous arrivons en AUTRICHE, à hauteur de Salzburg.

L’Autriche est née de l’éclatement de l’Empire d’Autriche-Hongrie formé depuis 1867. Elle est créée le 12 novembre 1918. La République d’Autriche est proclamée en 1920.
Située au cœur de l’Europe centrale, l’Autriche est un pays neutre.

Nous quittons l’autoroute là où nous laisse la voiture qui nous a chargés. Pas de succès pour le stop.
A 20h30, nous décidons de camper dans un verger aux abords de Werfen, village autrichien dans le pays de Salzburg, au cœur de montagnes imposantes, de profondes forêts et de prairies étendues.
Nous nous installons sous un arbre fruitier, mangeons sous la tente et allons boire un pot dans une « bierstub » avant de nous coucher.

Mercredi  21 juin 1972

Au matin, nous sommes chargés par un Arabe en Mercedes qui retourne au Koweït. Il est venu acheter sa voiture en Allemagne et rentre par la route. La conversation se fait en arabe, occasion pour Hichem de parfaire son arabe littéraire entre deux expressions dialectales maghrébines !
Nous pique-niquons ensemble en cours de route, aux abords d’un lac, à hauteur de Klagenfurt (Land de Carinthie). On poste une carte pour Annie.
Nous montons ensuite dans le massif alpin des Karawanken et arrivons en début d'après-midi, après une forte grimpée, à Loiblpass (1370 m), un tunnel - frontière avec la YOUGOSLAVIE. Les douaniers sont intrigués par nos différents passeports : français, tunisien et koweitien.

En 1918 est créé le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, regroupant les Slaves du Sud, qui auparavant étaient divisés entre la Serbie et l’Empire austro-hongrois. En 1929, le pays prend le nom de Yougoslavie. Après la Seconde guerre mondiale et la victoire militaire des communistes, il devient la République populaire fédérative de Yougoslavie en 1945, dirigée par Tito. En 1963, la République socialiste fédérative de Yougoslavie est proclamée. C’est un état fédéral composé de six républiques. La Yougoslavie, à la différence des autres pays communistes d'Europe centrale et orientale, choisit une voie indépendante de l'URSS. Tito rompt définitivement avec Staline en 1948, et ne fait pas adhérer la Yougoslavie au Pacte de Varsovie créé en 1955. Tito en est aujourd’hui  toujours le Président.

Nous descendons vers Ljubljana, en Slovénie, traversons la Croatie. C’est la « route de la Mort », ainsi nommée à cause des nombreux accidents de cette route de plaine toute droite en destination de la Turquie, à travers la grande plaine pannonienne. En effet, nids de poule et vitesse excessive en font une route réputée dangereuse.
Les villageois s’affairent dans les champs. Les coiffes des femmes colorent le paysage. Travaux manuels, peu de mécanisation, beaucoup de carrioles à cheval…
A 23h20, nous arrivons à Belgrade, en Serbie. L’automobiliste koweitien nous dépose à l’entrée de la ville. Nous montons la tente dans la nature, discrètement à l’écart de la route et hors de vue. On verra demain !

Jeudi 22 juin 1972

Nous laissons la tente en place  et prenons un autobus pour entrer en ville.
Nous passons la journée à  BEOGRAD (Belgrade).
Belgrade est considérée comme un carrefour entre l’Orient et l’Occident[]. Par son histoire, Belgrade, au moins depuis la présence romaine et particulièrement du fait de la longue présence ottomane, a souvent joué un rôle de ville frontière et de lieu de rencontre entre les civilisations.

L’autobus nous dépose au marché de Zeleni Venac, l'un des plus importants de Belgrade, créé en 1924 et conçu comme le grand marché en plein air du centre ville. Populaire, coloré, il fait penser à l’Afrique du Nord, me dit Hichem.
Attention : ne pas oublier la carte postale pour Annie !
Nous visitons la ville. Difficile de se repérer, avec les noms de rues en alphabet cyrillique indéchiffrable.
Le serbe comme le croate appartiennent  à la branche méridionale des langues slaves. La Yougoslavie communiste tente de fusionner, en raison de leur proximité lexicale, les deux normes en une seule sous le nom de serbo-croate. Les tentatives d’estomper les différences entre le serbe et le croate deviennent les composantes d’une politique linguistique officielle.
Le serbo-croate, langue officielle, est transcrit en alphabet latin en Croatie et en alphabet cyrillique en Serbie.

Un jeune nous aborde, se joint à nous et nous guide toute la journée dans la ville. Nous mangeons dans une gargote avec lui et quelques copains.
L'après-midi, nous visitons entre autres le Musée national,  sur la « Trg Republike » (place de la République) : panorama très complet de l’archéologie et de l’art de la Serbie, ainsi qu’une très riche collection de peintres impressionnistes.
On mange une glace, et on se sépare de notre guide. Devant la gare routière, on essaie tant bien que mal de trouver un bus, en parlant en « petit nègre » local : « autobus, peripheria grada, direction Zagreb ? » Quelqu’un finit par me comprendre…
Pour 22h, nous rejoignons en autobus notre campement aux abords de Belgrade.

Vendredi 23 juin 1972

Aujourd’hui, après avoir levé le camp, nous repartons en auto-stop de Belgrade à Zagreb. Non sans difficulté (la pluie, entre autres), nous arrivons dans la soirée à Zagreb, en Croatie.
Nous mangeons dans un self-service et renonçons à passer la nuit sous la tente. Nous nous rendons dans une auberge de jeunesse.
Située sur une grande avenue, elle est peuplée de jeunes Russes. On veut prendre une douche. L’une d’entre elles est occupée : « hi, hi… ich bin Petrouchka », nous lance une jeune fille, manifestement peu farouche…
Hichem s’en souvient encore ! * On ira pourtant dormir seuls…

* en 2015 !

Samedi 24 juin 1972

Aujourd’hui, auto-stop de Zagreb à Rijeka, sur la côte adriatique yougoslave. Pas facile !
Nous nous dirigeons vers l’Italie et atteignons Podgrad, un village d’Istrie, en Slovénie. Nous montons la tente à la sortie du bourg, dans un pré au bord de la route.
Le fou du village se promène dans les rues, au demeurant fort sympathique !

Dimanche 25 juin 1972

Nous essayons de faire de l’auto-stop toute la matinée sans succès. J’en profite pour terminer de composer un poème : « La magie de la terre ».
Une grosse voiture s’arrête quand même. Seulement voilà, le monsieur ne veut que moi, pas Hichem ! Hum, non merci !
A 12h40, nous prenons un autobus jusqu'à la frontière italienne. Problème : nous n’avons plus de dinars yougoslaves, seulement des lires italiennes. On monte quand même, sans payer. Grommellements du chauffeur. Que va-t-il faire ?
Finalement, nous arrivons sans encombre à la frontière italienne. On descend du bus (on n’insiste pas pour dire merci !) et on passe à pied la douane.
Nous sommes en ITALIE.

L’Italie était une péninsule formée de royaumes, principautés et villes indépendantes, soumises à des guerres incessantes et aux ingérences des grands états européens. Après la victoire sur les Autrichiens en 1859, Cavour et Garibaldi réalisent l’unification du pays. Le Royaume d’Italie est proclamé le 14 mars 1861. Après la période fasciste de la Seconde Guerre mondiale, la République italienne est instaurée en 1946.
L'Italie est l'un des membres fondateurs de la Communauté Economique Européenne.

Nous gagnons à pied Trieste, sur la mer Adriatique, et nous traversons la ville.
Après la Première Guerre mondiale, l'Autriche-Hongrie fut démantelée et l'Istrie passa à l'Italie qui réussit peu après à annexer Fiume (Rijeka). Après la Seconde Guerre mondiale, l'Istrie fut disputée par l'Italie qui ne garda au bout du compte (en 1954) que Trieste (ainsi coupée de son arrière-pays) et la Yougoslavie qui annexa le reste.
Nous faisons 10 km à pied dans la soirée pour quitter la ville, sur une route en corniche qui surplombe la mer Adriatique.  Auto-stop quasiment impossible. Nous serons tout de même chargés pendant quelques kilomètres.
La fatigue (et le découragement) se faisant sentir, nous campons près de l'autoroute à Ronchi-del-Legionari.
[Depuis Strasbourg, nous avons parcouru 2000 km en auto-stop.]

Lundi 26 juin 1972

Même scénario ce matin. Découragés, on décide de prendre le train.
Alors, effectivement, à 13h34, nous montons dans un train à Monfalcone.
Nous débarquons à Venezia (Venise) à 15h15.
Sortant de la gare Santa Lucia, on est tout de suite dans l’ambiance. On débouche sur le Grand Canal, artère fluviale principale de Venise. Pouvoir d’attraction et de fascination extraordinaire. Toute une ville sans aucune voiture !
On se promène et on se perd dans les ruelles tortueuses, par-dessus les canaux, au milieu des palais. Forcément frustrant puisqu’on ne fait que passer !
La place Saint-Marc, avec la basilique Saint-Marc, le campanile et le palais des Doges, est le cœur de la ville. C’est l’une des places les plus célèbres du monde. Son caractère unique vient de la beauté des édifices qui la bordent et de l’élégance des lourds drapés qui l’habillent.

On écrit à Annie. On mange le soir dans une « trattoria ». Puis on se promène de nuit en ville...

Mardi 27 juin 1972

... A 0h34, nous prenons le train pour Milan. Nous y arrivons à 5h. On traîne notre ennui dans la gare.
De 7h  à 7h35, on effectue le trajet en train Milan – Como (Côme).
On passe la matinée à Côme, au bord du lac : lieu de prédilection des romantiques du XIXe siècle, séjour préféré des souverains de tous les pays, paysages merveilleux de l’imagerie traditionnelle de l’Italie.
Quant à nous, on n’a pas la même approche. Le temps est pluvieux, l’auto-stop ne marche pas. Après une engueulade entre nous pour savoir si on continue en stop ou non, nous prenons le train à midi pour Chiasso, en SUISSE.

La Confédération suisse était une confédération de cantons au sein du Saint Empire romain germanique, à partir de 1291. Indépendante de fait depuis le 22 septembre 1499, elle a acquis son indépendance de droit à la paix de Westphalie le 24 octobre 1648. C'est un état fédéral depuis 1848. Le pays a une longue tradition de neutralité politique et militaire, et abrite de nombreuses organisations internationales.

Chiasso est une bourgade de l’extrémité sud du canton du Tessin, de langue italienne. Située à la frontière avec l'Italie, elle est la commune la plus méridionale du pays.
Nous traversons la Suisse en train : Chiasso - Basel (Bâle).
Nous parcourons la ville de Bâle à pied puis rentrons en auto-stop à Strasbourg par les autoroutes allemandes.
Après la frontière de Kehl, dans le quartier du Port du Rhin, nous passons dire bonjour à un de mes anciens copains d'armée, Michel Dziuba.
Nous rentrons à Strasbourg et allons nous coucher vers 22h au FEC, le foyer où j'ai ma chambre.


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