dimanche 13 décembre 2015

1980 Tchécoslovaquie

Dimanche 24 août 1980

A 7h, départ de Schiltigheim en voiture avec Viviane pour la Tchécoslovaquie, par les autoroutes de l’Allemagne (Stuttgart, Nürnberg).
Nous atteignons la frontière de Waidhaus à 12h45.
Dernier contrôle allemand. Les barrières se referment derrière nous. En face, la petite route descend vers un pont étroit à passage unique sur un ruisseau. Stop devant une barrière baissée. Un peu plus haut, le poste-frontière tchécoslovaque et les rangées de barbelés. C’est le « rideau de fer » ! Impressionnant… Nous patientons pendant quelques temps. Derrière nous, d’autres voitures sont arrivées. La barrière se lève. Depuis le poste-frontière, on nous fait signe d’avancer.
Et c’est ainsi que nous atteignons la TCHECOSLOVAQUIE. Les formalités à la frontière de Rozvadov durent une vingtaine de minutes, ce qui est relativement rapide ! Contrôle des visas, change obligatoire en couronnes tchécoslovaques, selon le nombre de jours de présence sur le territoire. On nous remet des prospectus. Notamment, il est interdit de faire du camping sauvage sur le territoire «soviétique».

Créée sur les décombres de l'Empire austro-hongrois par le Traité de Saint-Germain-en-Laye, la Tchécoslovaquie regroupe en un même État Tchèques et Slovaques, deux peuples de langue proche. Son indépendance est proclamée le 28 octobre 1918.
Suite au Coup de Prague de 1948, les communistes prennent le pouvoir et la Tchécoslovaquie est le dernier pays d'Europe à passer du côté soviétique du « rideau de fer ». Le Printemps de Prague, en 1968, qui vise à instaurer un « socialisme à visage humain » se solde par l'invasion des troupes du Pacte de Varsovie et se poursuit par une période de durcissement politique et idéologique, la « normalisation ».
Agitée par les revendications nationalistes des Slovaques, la République socialiste tchécoslovaque devient formellement une république fédérale à partir du 1er janvier 1969.

Après le passage de la frontière, nous roulons dans le nord de la Bohême jusqu’en bordure d’un lac sur la rivière Mže, près du village de Vranov.
Première impression : l’absence totale de publicité au bord des routes. C’est vraiment reposant !
Nous nous installons vers 14h dans un petit camping au bord du lac. Peu de monde : quelques tentes et petites caravanes des pays de l’Est. Nous montons la tente dans le pré.

Ensuite, nous partons visiter la ville de Plzeň (Pilsen) jusqu'à 18h30.
C’est une grande ville industrielle, célèbre pour ses usines Škoda mais plus encore pour sa bière, la Pilsner Urquell, considérée comme l’une des meilleures au monde ! Sur Nám Republiky (place de la République), l’église Saint-Barthélemy possède la plus haute tour de Bohême. Quelques beaux édifices de style Renaissance. Par contre, en ce dimanche après-midi, la ville est grise et morne. Les devantures des magasins sont désespérément vides. A peine quelques boîtes de conserve vaguement empilées…

Nous repartons à 18h30. Sur la petite route de campagne qui mène au camping, un policier motocycliste surgi de nulle part nous fait signe d’arrêter. Vérification d’identité ? Non.  « Alcool ? » Nous ne saurons jamais s’il voulait vérifier que nous en transportions ou s’il cherchait à ce qu’on lui en donne… Finalement, il s’éloigne aussi soudainement qu’il était apparu.
Nous passons la soirée au camping devant la tente. Un petit kiosque vend du pain, du poulet et de l’épicerie.

Lundi 25 août 1980

Le matin,  nous  partons faire  une   promenade à pied dans la forêt jouxtant le lac.
Nous nous engageons sur un chemin balisé, croisons une voie de chemin de fer et traversons la forêt jusqu'au village de Sulislav, aux maisons ocre. Nous rentrons au camping par le même chemin.
Nous mangeons sous la tente.

Dans l'après-midi, nous visitons  la ville de Mariánské Láznĕ.
Deuxième station thermale du pays, célèbre depuis le début du XVIe siècle, Marienbad est la plus belle ville de Bohême, dans un environnement exceptionnel.
Architecture Belle Epoque, vastes parcs.
Immense structure métallique avec un fronton à la riche ornementation, la colonnade Gorki abrite les sources. La place Goethe avec ses établissements de bains du plus pur style rococo s’étire en demi-cercle dans une belle débauche de couleurs. Il traîne dans le quartier de la colonnade Gorki un vieil air suranné teinté de romantisme un peu mélancolique.
Nous allons prendre un verre ou manger une glace dans un café installé dans la bâtisse décadente de l’ancien casino, à l’atmosphère un peu ringarde. On en profite pour écrire nos cartes postales.
Nous rentrons au camping. Le soir, nous nous promenons au bord du lac jusqu'à 21h.

Mardi 26 août 1980

A 10h, nous quittons le camping.
A midi, nous arrivons à PRAHA (Prague). Nous nous installons dans un camping à l'entrée ouest de la ville. Beaucoup de monde, par contre : des gens des pays de l’Est mais aussi des Occidentaux.
L’après-midi, nous allons visiter Prague.
Nous stationnons dans une rue secondaire, non loin du centre et de la Vltava, la rivière qui traverse la ville. Nous cherchons à acheter une pellicule pour notre appareil photo. Pas de chance ! Les marques russes vendues en Tchécoslovaquie ne sont pas compatibles avec les appareils occidentaux. Il n’y aura donc pas de photos !
Pavés luisants et tramways brinquebalants aux couleurs vives… 
La cité aux cent clochers est vraiment une des plus belles villes du monde.
Chef-d’œuvre architectural, cité unique en Europe, elle échappa aux destructions des deux dernières guerres. Foisonnement de toits, de façades, de frontons, de décrochements, de saillies merveilleusement désordonnés. Belle, mais d’une tristesse incommensurable ! Sensation d’une chape qui recouvre la ville. D’autant plus qu’elle est en pleine restauration et que les échafaudages couvrent les monuments, emprisonnent les églises et les bâtiments.
Nous nous promenons dans la vieille ville (place de la Vieille-Ville, où une magnifique horloge astronomique du XVe siècle fonctionne depuis 500 ans), sur le pont Charles (le pont piéton, une des merveilles de Prague), dans le quartier de Malá Strana et de Hradčany, avec le château de Prague.

Le soir, nous mangeons dans un petit restaurant local. Ici il faut apprendre à manger tôt. Il doit être 19h30, et il est déjà tard pour être servi. Il reste un menu unique : une côtelette de porc panée. En Tchécoslovaquie, comme dans les autres pays de l’Est, la majorité des restaurants sont d’état. Les serveurs sont des fonctionnaires et ne manifestent pas un enthousiasme débordant à courir après le client.
Et là, en déchiffrant la carte, nous comprenons pourquoi, lorsque nous entrions dans un magasin qui vendait du pain, on nous répondait qu’il n’y en avait pas. En effet, depuis le camping du lac, nous pensions que « kuře » (poulet, en tchèque) voulait dire pain. Rien à voir, pourtant. Le pain se dit « chléb ».En fait nous demandions du poulet dans les boulangeries !

Nous rentrons à 21h au camping.

Mercredi 27 août 1980

Nous passons la matinée à Prague :
Nové Mĕsto est la nouvelle ville (qui date quand même du XIVe siècle !), avec la Na Přikopě (artère commerçante) et la place Venceslas (centre de la Ville Nouvelle, les Champs-Elysées de Prague).
Sur cette place, nous mangeons dans un restaurant, le « Moscou 2000 ». Situé au premier étage d’un immeuble, c’est un grand restaurant avec des bataillons de serveurs. Nous avons l’impression d’être des « apparatchiks ». Repas copieux, vin, vodka, tout cela pour une somme dérisoire…

L'après-midi, nous roulons vers Mĕlnik, petite ville au nord de Prague, située aux confluents de l'Elbe et de la Vltava, célèbre pour ses vignobles et pour le château des Lobkowicz. Nous arpentons la grande place écrasée de soleil, nous nous promenons sur les hauteurs dominant les vignes et le confluent (beau point de vue), et nous nous reposons sur un banc.
Retour à Prague à 18h et au camping à 20h.
Nous mangeons assis dans l’herbe devant la tente. Viviane, pieds nus, se fait piquer par une guêpe…

Jeudi 28 août 1980

A 10h, nous quittons Prague et faisons route vers la Moravie.
Les routes de Tchécoslovaquie nous ramènent vingt ans en arrière. Le réseau routier est bon, mais il y a peu de circulation : camions poussifs et voitures des pays de l’Est (essentiellement Škoda, Lada mais aussi Trabant d’Allemagne de l’Est, ou Dacia de Roumanie).
S’il y a absence de pub, en revanche les panneaux de propagande marxiste-léniniste fleurissent tout au long des routes. Le pays vit sous un régime de parti unique à l’économie planifiée. Le parti communiste impose l’idéologie et mène la politique : collectivisation des terres,  nationalisation de l’industrie et du commerce, développement de l’industrie lourde et choix de la planification.
Lors d’un arrêt en bord de route, une voiture nous double, à grand renfort de coups de klaxon et de signes de la main. Il s’agit tout simplement de Français qui ont remarqué notre plaque internationale « F ». Il est vrai que l’on n’en rencontre pas beaucoup…
Nous pique-niquons sur un banc en forêt.

Nous passons à hauteur de Brno, franchissons la rivière Morava et entrons en Slovaquie.
Sur le trajet, à proximité des auberges, on croise des habitants avec des pichets (que dis-je, des seaux !) à la main. Ils vont se ravitailler en bière.
Arrêt dans une « hostinec », petite taverne populaire, enfumée, furieusement animée. La bière (« pivo ») coule à flot.
Nous arrivons à 17h30 à Bratislava. Grands boulevards à l’entrée de la ville, avec des lampadaires rouge et jaune…
Nous nous installons à 19h au nord de la ville, à proximité d’une zone de loisirs, dans un camping à Senĕc.
Succès garanti avec nos passeports français auprès des deux jeunes filles qui tamponnent notre feuille de route. Nous mangeons sous la tente et, après la pluie, faisons une petite promenade aux alentours.

Vendredi 29 août 1980

Matinée à Bratislava.
Capitale de la Slovaquie, deuxième grande ville du pays, Bratislava contraste avec la rigueur des villes du nord. Traversée par le Danube, elle se trouve dans une région de vignes.
Nous nous promenons dans le centre historique, la vieille ville. Malheureusement, les beaux immeubles de l’ancien patriciat hongrois tombent en ruine.
Il fait un temps pluvieux. Comme partout, les magasins sont vides. Les devantures des boucheries présentent un empilement de boîtes de conserves. L’une d’entre elles vient d’être approvisionnée. C’est la queue. Lorsque nous repasserons tout à l’heure, le magasin sera vide, et plus personne…
Sur une place, une vieille femme vend une dizaine de choux dans une charrette. Une file d’une quinzaine de personnes patiente pour les acheter…
Nous éprouvons le besoin de faire quelques courses dans un grand magasin. Là aussi, il faut faire la queue avant d’entrer. On nous laisse pénétrer dans le magasin dix par dix, lorsque l’équivalent de clients est ressorti.
Nous allons manger dans un resto populaire. A côté de nous, un vieux Slovaque essaie d’entrer en contact avec nous. Il est allé en Alsace pendant la guerre…
De retour à la voiture, en fermant le coffre de la Mazda après nos quelques achats, je suis bloqué par une douleur vive au bas du dos : un lumbago. Probablement dû à l’humidité de la nuit.

Nous quittons la ville, franchissons le Danube et arrivons à 12h45 à la frontière entre la Tchécoslovaquie et l'Autriche.
L’attente est longue, dans une file de plusieurs centaines de mètres.
A la frontière, tracasseries multiples : vérification des lieux où nous avons passé la nuit (la fameuse feuille de route), fouille du véhicule : on vide tout. Facile avec un lumbago ! Le douanier essaye même de soulever un siège qui ne se soulève pas…
Pour écouler les couronnes tchécoslovaques qui nous restaient et qui doivent avoir été dépensées, nous ramenons dans nos bagages des poupées tchèques pour nos filles.

Nous passons la frontière à 15h.
En AUTRICHE, nous faisons des courses dans la première localité. Transition abrupte, impression de richesse et d’opulence !
Nous recherchons un endroit pour camper. Nous nous installons en camping sauvage près du village de Rauchenwarth. La tente est dissimulée derrière une haie.

Samedi 30 août 1980

Pas dormi de la nuit. Aucune position n’est la bonne.
A l’aube, lorsque nous sommes déjà levés, un policier, genre municipal, avec son chien et son arme de service, vient s’inquiéter de notre présence ici. « Nix Camping gut ! ». Nous lui faisons comprendre que nous partons.

Nous reprenons la route et, vers 9h30, nous arrivons à WIEN (Vienne).
Capitale de l’empire des Habsbourg pendant sept siècles, puis depuis 1918 de l’Autriche, Vienne est la ville d’histoire par excellence, profondément marquée par le rôle éminent qu’elle joua tout au long des siècles.
Pour une première visite, nous nous contenterons de parcourir la vieille ville à pied, bien délimitée par le Ring, large boulevard construit à la place des anciens remparts, et le canal du Danube, où se concentre la grande majorité de l’architecture médiévale et baroque viennoise. « Kolossal ! » est le terme pour définir les monuments de la Ringstraße.
Nous nous rendons ensuite au Prater, un des parcs d’attractions populaires les plus fameux au monde. Ancienne réserve de chasse, créée au XVIe siècle par Maximilien II, elle fut ouverte au public en 1766 par Joseph II et transformée en parc. La Riesenrad (grande roue) fut construite en 1896 à l’occasion de l’Exposition universelle.
En ce samedi matin, le Prater est désert. Grande roue, carrousels, montagnes russes en bois, tout est figé, en attente des visiteurs. Les nombreuses baraques à saucisses commencent toutefois à s’animer. Nous y ferons une halte.

A 13h, nous quittons Vienne. C’est une galère pour sortir en voiture du centre-ville. Aucune indication pour gagner l’autoroute de Salzburg.

Voyage de retour à travers l'Autriche et l'Allemagne.
Gigantesques embouteillages aux alentours de München.

Arrivée à Schiltigheim à 1h30 du matin.


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