dimanche 13 décembre 2015

1982 Hongrie

Samedi 21 août 1982

A 15h, Viviane et moi partons en vacances pour la Hongrie.
Passage en R.F.A., à Kehl.
Nous empruntons les autoroutes allemandes, contournons München, atteignons Rosenheim, en Bavière.
Nous quittons l’autoroute. A 20h30, nous campons en lisière de forêt, tente dissimulée derrière la voiture pour éviter d’attirer l’attention.

Dimanche 22 août 1982

De 9h à 15h, nous voyageons jusqu'à la frontière hongroise par l’autoroute, à travers l'Allemagne et l'Autriche (Salzburg, Wien). A partir du contournement de Vienne, on suit les indications « Ungarn ». On atteint la frontière austro-hongroise de Sopron.
C’est notre deuxième voyage derrière le « rideau de fer », après la Tchécoslovaquie en 1980. La frontière est moins impressionnante. La barrière, aux couleurs hongroises, est baissée. Deux voitures devant nous sont en attente que le poste-frontière se libère.


Nous entrons en HONGRIE. Les formalités durent une quinzaine de minutes : contrôle des visas, change obligatoire. La monnaie est ici le forint, non convertible.

Partie orientale de l’Empire d’Autriche-Hongrie depuis 1867, la Hongrie s’en sépare le 31 octobre 1918La République hongroise est proclamée le 16 novembre.
A la suite de la chute de l'Allemagne nazie, la Hongrie fait partie de la zone d'influence soviétique et devient un Etat communiste après une courte période de démocratie en 1946-1947. En 1949 est proclamée la République populaire de Hongrie.
En 1956, l'insurrection de Budapest (et l'annonce du retrait du Pacte de Varsovie) est matée par une intervention militaire de l'Union soviétique. Depuis les années 1960, la Hongrie jouit d’un statut particulier parmi les pays du Bloc de l'Est, sous le pouvoir du leader communiste János Kádár.

A 15h45, nous quittons la frontière.
A 16h, nous nous installons au camping de Sopron, en haut d’une colline boisée. Il y a encore beaucoup de monde, des familles hongroises essentiellement. Nous montons la tente dans un espace un peu confiné, mais tout de même agréable sous les arbres. Le soleil accompagne les enfants qui jouent au ballon…
De 17h à 19h30, nous allons visiter la ville : la tour du feu et Fö tér, le cœur de la vieille ville.
Elégante cité médiévale qui n’a pas souffert des invasions mongoles ou turques. Succession de demeures gothiques et baroques. Certaines auraient besoin d’un coup de peinture, mais cela n’enlève rien à leur charme.
La Hongrie occupe le centre du bassin danubien, au sud des Carpates. « L’Orient commence aux portes de Vienne » disait Metternich en pensant à la Hongrie. Ce petit pays qui ressemble à l’Autriche ouvre déjà la porte vers un autre monde : saveurs épicées, vins puissants et musique envoûtante.

Nous rentrons au camping. Nous mangeons devant la tente. Sous celle de nos voisins, un jeune homme soulève ostensiblement la jupe de sa copine sous laquelle il n’y a rien…
Mis à part ce coup d’œil, je trouve le camping tout de même un peu bruyant…

Lundi 23 août 1982

Nous quittons Sopron à 9h30. Nous nous dirigeons vers le Danube, frontière avec la Tchécoslovaquie. En fin de matinée, nous sommes au bord du fleuve. Nous nous installons sur la berge. De grands bateaux et des barges se succèdent sur le fleuve. Des vaches s’y abreuvent et paissent l’herbe de la rive. En face, un village slovaque… Nous pique-niquons sur place. Le réchaud à gaz portatif nous permet de réchauffer une boîte de conserve.



Dans l'après-midi, nous gagnons la boucle du Danube.
Les montagnes de Börzsöny et de Pilis, au nord de Budapest, contraignent le fleuve à dévier son cours en une boucle de 120 km composant un des sites les plus enchanteurs de son itinéraire à travers l’Europe. Nous visitons le château de Visegrád


La vue est époustouflante sur la boucle du Danube. Cette forteresse a, pendant des centaines d’années, délimité la frontière de l’Empire romain. Car la vue est telle qu’on peut voir approcher l’ennemi de tous côtés. Au XVe siècle, le château fut le siège d’une des plus brillantes cours d’Europe.
Nous atteignons Szentendre, à une vingtaine de kilomètres au nord de Budapest. Nous longeons un musée ethnographique en plein air, sorte d’écomusée de l’architecture rurale de la Hongrie : petites maisons à toit de chaume et églises en bois. Malheureusement, aujourd’hui lundi, le musée est fermé. On se contente de quelques photos prises de l’extérieur.















Nous nous installons dans un camping puis allons visiter la ville. Joli village d’origine serbe, aux multiples palais baroques, aux ruelles étroites et aux collines truffées d’églises de différentes confessions. Au début du XXe siècle, Szentendre est devenu le refuge favori des peintres et des sculpteurs, et de nombreux artistes y vivent encore aujourd’hui. Nous parcourons les rues colorées qu’éclaire un soleil déclinant et où stationnent les petites Traban.



Nous mangeons en terrasse d’un restaurant. La ville est touristique, et cela se ressent…

Mardi 24 août 1982

Aujourd’hui, nous allons passer la journée à BUDAPEST.
La  « perle du Danube » n’existe sous ce nom que depuis 1873. Auparavant, trois villes sœurs existaient : Pest, Buda et Obuda. Elles sont aujourd’hui réunies par les huit ponts qui enjambent le Danube.
Le matin, nous visitons la partie Buda, sur la rive droite. Nous empruntons le pont Széchenyi Lánchíd, le pont à chaînes, premier pont permanent de Budapest construit entre 1842 et 1849. Nous montons à pied à Vàrhegy, la colline du château. Délicieuses maisons baroques peintes de couleurs vives, petites places médiévales où l’on a envie de flâner…


Château royaléglise Mathias (qui contient la couronne de Saint Etienne à la croix penchée, symbole de la Hongrie), bastion des Pêcheurs.


Vue fantastique sur la ville, Pest d’un côté, Buda de l’autre et le fleuve au milieu.


On rejoint le Danube par des escaliers en passant d’un jardin à l’autre.

Dans la ville basse, on s’arrête dans un restaurant. La carte est en hongrois. On n’y comprend rien et c’est au hasard que nous désignons des plats au serveur, au demeurant fort aimable. On a de la chance. Les plats sont savoureux, épicés. Pour ce qui est du dessert, rebelote !
Alors le serveur : « si vous voulez, je peux vous aider… ». En fait, il parle un excellent français. Il n’avait pas voulu intervenir parce que l’on s’amusait bien et que nous ne commettions pas de faute de goût ! Pour se faire pardonner, il nous offre le café…
La langue hongroise appartient au groupe des langues finno-ougriennes, tels le finnois ou l’estonien. Même si elle a été enrichie par les langues slaves des pays voisins, c’est une des rares langues d’Europe à ne pas avoir d’origine indo-européenne. Autant dire que c’est une langue difficile à comprendre.

On traverse maintenant le Danube sur un pont longeant l’île Marguerite. On y embrasse d’un seul coup d’œil les deux rives. Selon une légende, les Turcs avaient converti toute l’île en harem ! Longue de 2,5 km et large de 500 m, c’est aujourd’hui l’un des parcs les plus agréables de la capitale. D’ailleurs, de nombreux citadins prennent le soleil, allongés dans l’herbe.
L’après-midi, nous visitons la partie Pest sur la rive gauche, industrielle, commerçante, chaotique : grands boulevards, façades d’immeubles noircies de pollution, forte odeur d’essence permanente...
Belváros, le noyau historique, se trouve toujours le cœur de Pest, malgré l’urbanisation. C’est le périmètre de l’ancienne cité médiévale à partir duquel la ville a pris son essor. L’urbanisation a tout avalé et il ne reste plus que le tracé des fortifications moyenâgeuses occupées par le petit boulevard.
Au bord du Danube, on ne peut pas rater le Parlement. De style éclectique, il intègre des éléments byzantins et gothiques et prend des allures de palais vénitien. Une étoile rouge orne son dôme.
Non loin de là sur une place, une statue de Marx et Engels veille, rappelant que nous sommes en pays communiste.


Le métro de Budapest est un des plus anciens au monde. Quant aux tramways, ils existent depuis plus d’un siècle, jaunes, vieillots, avec des banquettes en bois.
La bière se dit « sör » (on prononce cheur). On la déguste dans les sörözö, bars à bière. On en boit beaucoup, mais c’est le seul alcool avec lequel on ne trinque pas, car les Autrichiens avaient célébré de cette façon leur victoire sur les Hongrois !

Nous quittons la ville à 16h.
Jusqu’à 18h, nous roulons vers les monts Mátra, dans le nord de la Hongrie. C’est la partie la plus montagneuse du pays. La chaîne dorsale des Carpates s’étire le long de la frontière tchécoslovaque.
Nous nous arrêtons dans un camping, assez agréable, au bord d’une route de montagne. Nous y passons la nuit.

Mercredi 25 août 1982

Au matin, nous roulons jusqu’à Mátraháza, une station d’altitude, et nous atteignons le Kékestetö, point culminant de Hongrie (1015 m).
Un rayon de soleil fugace éclaire le rocher, aux couleurs du drapeau hongrois, qui indique la cote d’altitude du sommet.


Nous nous dirigeons ensuite vers Eger. Le réseau routier de Hongrie est tout-à-fait correct. De larges pancartes de propagande marxiste-léniniste, souvent aux intersections, prennent la place des panneaux  publicitaires que l’on rencontre dans les pays occidentaux.


Au creux d’une vallée entourée de collines, Eger fut la première étape des tribus magyares qui conquirent le bassin des Carpates. Les cépages Eger et Tokaj règnent sans heurts sur cette région viticole.
Balade dans les rues piétonnes d’Eger aux maisons baroques. Au cœur de la vieille ville, un minaret, vestige d’une mosquée, est le monument turc le plus au nord de l’Europe.
Nous faisons quelques courses. Les magasins sont bien achalandés, ou plutôt mieux (tout est relatif !) que dans les autres pays du bloc socialiste. L’atmosphère générale est moins lourde que ce que nous avons connu en Tchécoslovaquie il y a deux ans.

Dans l'après-midi, nous partons vers la Puszta (la plaine).
Plaine aride, parsemée de marécages, avec ses longues maisons blanches couvertes de chaume, la Puszta est un mythe dans l’imaginaire hongrois. 


Au XIXe siècle, peintres et poètes venaient s’enivrer de la vision des cow-boys lancés à la poursuite des troupeaux de moutons noirs et de bœufs gris perdus dans l’infini du paysage. C’était l’époque où les bandits de grand chemin écumaient les auberges de bord de route.
Aujourd’hui la Puszta est largement cultivée. Le paysage originel subsiste encore dans le parc national d’ Hortobágy qui couvre une grande partie de la Puszta. Les puits rustiques à balancier ponctuent le paysage entre ciel et terre.


Nous nous arrêtons à Hortobágy, un petit village jadis célèbre pour son auberge où bandits et bergers se donnaient rendez-vous. Nous visitons le petit musée du parc installé dans une ancienne grange. Il contient des reconstitutions de l’habitat traditionnel des bergers.
Tiens, tourisme oblige, il nous faut payer la place de parking !
Nous parcourons le parc en voiture sur de petites routes, avec les jumelles à portée de main. Faune et flore exceptionnelles : au printemps et à l’automne, les oiseaux migrateurs y font escale par milliers.
Nous continuons notre route pour nous arrêter dans un camping près de Kenderes. Il est quasiment vide. Nous nous y installons sous tente.
Nous mangeons un goulash au restaurant du camping. La salle est vide. Quelques Tziganes y martyrisent leurs violons pour nous seuls.


Nous allons nous coucher sous la tente. La nuit sera tranquille, rythmée par le hululement de la hulotte. Mais le sol est dur. Mon dos s’en souviendra demain…

Jeudi 26 août 1982

Au matin, nous roulons vers l’ouest.
Passage à Cegléd et Kecskemét, au centre d’une région d’arbres fruitiers et de vignes.

A 15h, arrivée au lac Balaton.
Les habitants de Budapest se  précipitent vers la « mer hongroise » dès les premiers beaux jours. Les week-ends d’été, de longues files de voitures encombrent la sortie de la capitale. Le plus grand lac d’Europe attire chaque année des millions de touristes d’Europe centrale et d’ailleurs. C’est le point de rencontre des Allemands de l’Est et des Allemands de l’Ouest qui trouvent en Hongrie des facilités de retrouvailles qu’ils n’ont pas chez eux!
Nous nous rendons d’abord à Veszprém. Bâtie sur cinq collines, c’est un superbe écrin d’architecture baroque. Nous visitons la ville et y faisons quelques courses.

Campings surpeuplés, baraques à saucisses et restos attrape-touristes. C’est exactement ce qui nous attend à notre retour au bord du lac.
Nous trouvons un grand camping à Balatonakarrattya, à l’extrémité orientale du lac. Le tenancier parle anglais. Ainsi que souvent, c’est moi qui m’exprime, c’est Viviane qui comprend et traduit ! Il reste une petite place entre une tente d’Allemands de l’Est et une tente d’Allemands de l’Ouest. Diable !
Nous mangeons au restaurant du camping. Nous sommes probablement les gogos parfaits. Le poisson est infect. On sort de là pour se précipiter vers une baraque à saucisses. Et là, le boudin nous paraît délicieux !

La nuit tombe sur le lac. Paysage romantique qui prête à la rêverie et la méditation.


                                                                                                                                                                               













Mais ça ne va pas durer. Le rapprochement inter-germanique va s’en mêler ! Les Allemands vont faire la java une bonne partie de la nuit, avec force bières et éclats de voix. Les enfants courent entre les tentes, se prennent les pieds dans les fils. La nuit sera difficile et courte.

Vendredi 27 août 1982

Quand on se lève, on n’a pas trop envie d’être discrets pour replier la tente.
On continue notre route le long de la rive nord du lac. Beaux paysages vallonnés des collines de Bakony.
On fait un arrêt à Balatonfüred, ville thermale au charme suranné. Puis on roule vers la frontière de Rabafüzes. Nous stoppons au bord de la route pour pique-niquer, non loin des barbelés du rideau de fer. Des hélicoptères survolent la zone frontalière où toute incursion dans un chemin de forêt est interdite.
Nous arrivons à la frontière à 12h50. Une demi-heure de formalités.

Passage en AUTRICHE à 13h25.
Nous roulons jusqu'à Schladming, dans le Land de Styrie.
Schladming est une petite station d'hiver très prisée des touristes : nombreuses organisations de compétitions de ski alpin sur ses terres. Les commerces sont essentiellement des cafés, restaurants et magasins de sports d'hiver. La principale montagne est le Plainai et les premières pistes de ski démarrent à même le village.
Nous cherchons un endroit où dormir. On se renseigne dans un café. OK, on peut bivouaquer dans le pré à côté.
Nous sommes en altitude. On mange sous la tente, et la nuit sera fraîche.

Samedi 28 août 1982

Trajet de retour.
A la frontière autoroutière de Salzburg, on roule au pas. C’est un week-end de rentrée de vacances. En Allemagne, également, inévitables bouchons traditionnels autour de München.

Arrivée à Schiltigheim à 19h45.


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