dimanche 13 décembre 2015

Avertissement

Normalement, dans un blog, les articles les plus récents sont ceux qui apparaissent en premier, les plus anciens étant accessibles à la fin par un menu déroulant.
Par contre, pour faciliter la lecture, les articles de ce blog, maintenant terminé, sont classés par ordre chronologique.
Pour cela, les dates d'édition ont été modifiées, les articles plus anciens devenant les premiers à la lecture. Ce qui fait que la mention de bas de page "articles plus anciens" renvoie en fait aux articles plus récents.

Introduction

Cette première série de carnets comporte les récits des voyages que j'ai effectués dans les pays étrangers de 1972 à 1988. 
Les articles les plus anciens sont succincts, d'intérêt limité, établis de nombreuses années plus tard sur la base de souvenirs, de cartes et documents retrouvés ainsi que de notes éparses prises à l'époque, avec pas ou peu de photos.
Par la suite, les comptes-rendus se sont étoffés, sur la base de notes et de souvenirs plus récents, avec plus de photos.

La France, elle, je la parcours à pied ! (cf.mes blogs de GR.)

Jean-Marie Mengin

1972 Amsterdam

Vendredi 28 avril 1972

A 12h, départ en auto-stop depuis Strasbourg avec ma copine de l’école de journalisme, Chantal Guillaume, en direction d'Amsterdam. Nous faisons du stop tout l’après-midi : passage par Metz et Thionville.
Nous arrivons dans la soirée au Grand-Duché de LUXEMBOURG.

Ancien duché du Saint Empire romain germanique, membre de la Confédération germanique depuis 1815, le Grand-Duché de Luxembourg devient un état neutre indépendant le 11 mai 1867. En 1948, il abandonne sa neutralité. C’est une monarchie constitutionnelle.
A l’instar de la Belgique et des Pays-Bas, il est l'un des membres fondateurs de la Communauté Economique Européenne (CEE), créée par le traité de Rome en 1957.

La nuit tombe lorsque nous arrivons dans la capitale, LUXEMBOURG.
Après une promenade de nuit dans les rues de la ville, nous prenons un repas frugal dans un bistro, espèce de grande brasserie très fréquentée. Nous y restons jusque vers 22h30.
Nous continuons ensuite l'auto-stop à la sortie de la ville, en direction de la Belgique.
Pas de contrôle à la frontière belge. Les bâtiments sont déserts…
C’est là un des effets de l’association en 1944 de trois pays (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg) au sein du Benelux : suppression des droits de douane à leurs frontières communes et signature d’une convention d'union douanière pour permettre la libre circulation des personnes, des biens et des services. D’autre part, la Belgique et le Luxembourg ont connu très tôt une union monétaire, dès 1921. Même cours, même valeur. Les francs luxembourgeois et les francs belges sont utilisables indistinctement des deux côtés de la frontière.

Samedi 29 avril 1972

...Nous traversons la BELGIQUE de nuit. 

Partie méridionale du Royaume des Pays-Bas depuis 1815, la Belgique proclame son indépendance le 4 octobre 1830 suite à la révolte des provinces du sud contre le roi Guillaume Ier. Le Royaume de Belgique est une monarchie constitutionnelle depuis 1831. Les Pays-Bas ne reconnaîtront son indépendance que le 19 avril 1839.
La Belgique est un des membres fondateurs de la Communauté Economique Européenne.

Arrivés à Liège, nous faisons du stop sur les boulevards de la ville. Nous sommes chargés rapidement et nous passons dans les PAYS-BAS.

Après avoir obtenu leur indépendance de l'Espagne officiellement en 1648 aux Traités de Westphalie, les Provinces-Unies deviennent l'une des plus importantes puissances maritimes et économiques du XVIIe siècle. Après l’invasion par la France en 1795, elles deviennent la République batave, transformée en 1806 en Royaume de Hollande, annexé à l’Empire français en 1810. Le Royaume des Pays-Bas recouvre son  indépendance le 16 mars 1815.

Nous arrivons à Maastricht à 2h du matin.
Nous passons le reste de la nuit sous un pont au bord de la Meuse. Sans couvertures, nous essayons de dormir tout habillés l’un contre l’autre.
A 6h, nous nous levons, transis. Nous repartons en auto-stop, par Hertogenbosch et Utrecht, jusqu'à AMSTERDAM. Nous y arrivons vers 10h.
Nous rencontrons un groupe de Néerlandais que nous suivons à un festival de pop-music dans un parc de banlieue, à l’occasion d’une manifestation contre la guerre du Viet-Nâm.
Nous passons la nuit sous une tente, à six personnes, sur le lieu de rassemblement hippie. Nous fumons un « joint » pour nous mettre dans l’ambiance ! Et Chantal trouve le moyen de se réchauffer avec un de nos camarades de rencontre !

Dimanche 30 avril 1972

Nous restons toute la matinée sous la tente, à cause du mauvais temps.
L'après-midi, un de nos compagnons nous emmène, Chantal et moi, visiter Amsterdam.
Capitale sans gouvernement (il siège à La Haye), ville de canaux et de maisons flottantes, où la bicyclette est reine, Amsterdam a deux visages. L’une est une carte postale, l’autre est bien loin d’être sage comme une image…
Nous prenons le repas du soir dans un immeuble en banlieue, chez la sœur de ce copain. Petits pois avec ananas au menu…
On nous emmène en voiture à la sortie de la ville. A minuit, Chantal et moi entamons notre voyage de retour en auto-stop...

Lundi 1er mai 1972

... Un automobiliste nous charge.
Nous quittons les Pays-Bas par la frontière d’Arnhem. Dans la voiture, on somnole. On se rend à peine compte du passage de la frontière de la République fédérale d'ALLEMAGNE.

Issue de la partition de l'Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la République Fédérale d'Allemagne (RFA) est créée le 23 mai 1949.
Elle est l'un des membres fondateurs de la Communauté Economique Européenne.

Nous traversons l' Allemagne par les autoroutes (Köln, Mainz...).
Journée d’auto-stop un peu pénible, avec la fatigue de ces trois jours.
De retour en France, nous nous arrêtons en cours de journée dans un café pour manger un peu.
Vers 16h, nous atteignons Strasbourg après 1300 km d'auto-stop. 

*****

1972 Belgrade

Lundi 19 juin 1972

A 9h, départ de Strasbourg avec mon ami tunisien Hichem Mansour pour dix jours de vacances en auto-stop. Nous prenons l'autobus jusqu'à Kehl (République fédérale d’ALLEMAGNE).
Début de l'auto-stop. Nous mangeons en cours de route à Karlsruhe.
Nous poursuivons sur les autoroutes allemandes et arrivons le soir à München (Münich), capitale de la Bavière. L'automobiliste qui nous a chargés nous fait visiter la ville en voiture, de nuit. Puis il nous ramène aux abords de la ville.
Nous montons la tente, à côté d'un champ de maïs. C’est une tente militaire récupérée dans un surplus américain, formée de deux pans réunis par des boutons à pression. Au sol, une bâche en plastique pour protéger de l’humidité. On mange ce qu’on peut (le reste de nos provisions).

Mardi 20 juin 1972

A l'aube, nous sommes réveillés par un tonitruant « Polizei ! » Nous sortons de la tente pour nous retrouver face à deux policiers, pistolets dégainés. Agréable réveil ! Vérification d’identité, contrôle à l’intérieur de la tente, etc.
On ne va pas traîner. Après avoir remonté la tente, Hichem et moi passons la matinée à Münich. On s’arrête dans un parc public où l’on avale un déjeuner improvisé, sur le pouce.
On envoie une carte postale à Annie, notre amie commune de l’école de journalisme.
Nous continuons l'auto-stop dans l'après-midi sur l’autoroute et nous arrivons en AUTRICHE, à hauteur de Salzburg.

L’Autriche est née de l’éclatement de l’Empire d’Autriche-Hongrie formé depuis 1867. Elle est créée le 12 novembre 1918. La République d’Autriche est proclamée en 1920.
Située au cœur de l’Europe centrale, l’Autriche est un pays neutre.

Nous quittons l’autoroute là où nous laisse la voiture qui nous a chargés. Pas de succès pour le stop.
A 20h30, nous décidons de camper dans un verger aux abords de Werfen, village autrichien dans le pays de Salzburg, au cœur de montagnes imposantes, de profondes forêts et de prairies étendues.
Nous nous installons sous un arbre fruitier, mangeons sous la tente et allons boire un pot dans une « bierstub » avant de nous coucher.

Mercredi  21 juin 1972

Au matin, nous sommes chargés par un Arabe en Mercedes qui retourne au Koweït. Il est venu acheter sa voiture en Allemagne et rentre par la route. La conversation se fait en arabe, occasion pour Hichem de parfaire son arabe littéraire entre deux expressions dialectales maghrébines !
Nous pique-niquons ensemble en cours de route, aux abords d’un lac, à hauteur de Klagenfurt (Land de Carinthie). On poste une carte pour Annie.
Nous montons ensuite dans le massif alpin des Karawanken et arrivons en début d'après-midi, après une forte grimpée, à Loiblpass (1370 m), un tunnel - frontière avec la YOUGOSLAVIE. Les douaniers sont intrigués par nos différents passeports : français, tunisien et koweitien.

En 1918 est créé le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, regroupant les Slaves du Sud, qui auparavant étaient divisés entre la Serbie et l’Empire austro-hongrois. En 1929, le pays prend le nom de Yougoslavie. Après la Seconde guerre mondiale et la victoire militaire des communistes, il devient la République populaire fédérative de Yougoslavie en 1945, dirigée par Tito. En 1963, la République socialiste fédérative de Yougoslavie est proclamée. C’est un état fédéral composé de six républiques. La Yougoslavie, à la différence des autres pays communistes d'Europe centrale et orientale, choisit une voie indépendante de l'URSS. Tito rompt définitivement avec Staline en 1948, et ne fait pas adhérer la Yougoslavie au Pacte de Varsovie créé en 1955. Tito en est aujourd’hui  toujours le Président.

Nous descendons vers Ljubljana, en Slovénie, traversons la Croatie. C’est la « route de la Mort », ainsi nommée à cause des nombreux accidents de cette route de plaine toute droite en destination de la Turquie, à travers la grande plaine pannonienne. En effet, nids de poule et vitesse excessive en font une route réputée dangereuse.
Les villageois s’affairent dans les champs. Les coiffes des femmes colorent le paysage. Travaux manuels, peu de mécanisation, beaucoup de carrioles à cheval…
A 23h20, nous arrivons à Belgrade, en Serbie. L’automobiliste koweitien nous dépose à l’entrée de la ville. Nous montons la tente dans la nature, discrètement à l’écart de la route et hors de vue. On verra demain !

Jeudi 22 juin 1972

Nous laissons la tente en place  et prenons un autobus pour entrer en ville.
Nous passons la journée à  BEOGRAD (Belgrade).
Belgrade est considérée comme un carrefour entre l’Orient et l’Occident[]. Par son histoire, Belgrade, au moins depuis la présence romaine et particulièrement du fait de la longue présence ottomane, a souvent joué un rôle de ville frontière et de lieu de rencontre entre les civilisations.

L’autobus nous dépose au marché de Zeleni Venac, l'un des plus importants de Belgrade, créé en 1924 et conçu comme le grand marché en plein air du centre ville. Populaire, coloré, il fait penser à l’Afrique du Nord, me dit Hichem.
Attention : ne pas oublier la carte postale pour Annie !
Nous visitons la ville. Difficile de se repérer, avec les noms de rues en alphabet cyrillique indéchiffrable.
Le serbe comme le croate appartiennent  à la branche méridionale des langues slaves. La Yougoslavie communiste tente de fusionner, en raison de leur proximité lexicale, les deux normes en une seule sous le nom de serbo-croate. Les tentatives d’estomper les différences entre le serbe et le croate deviennent les composantes d’une politique linguistique officielle.
Le serbo-croate, langue officielle, est transcrit en alphabet latin en Croatie et en alphabet cyrillique en Serbie.

Un jeune nous aborde, se joint à nous et nous guide toute la journée dans la ville. Nous mangeons dans une gargote avec lui et quelques copains.
L'après-midi, nous visitons entre autres le Musée national,  sur la « Trg Republike » (place de la République) : panorama très complet de l’archéologie et de l’art de la Serbie, ainsi qu’une très riche collection de peintres impressionnistes.
On mange une glace, et on se sépare de notre guide. Devant la gare routière, on essaie tant bien que mal de trouver un bus, en parlant en « petit nègre » local : « autobus, peripheria grada, direction Zagreb ? » Quelqu’un finit par me comprendre…
Pour 22h, nous rejoignons en autobus notre campement aux abords de Belgrade.

Vendredi 23 juin 1972

Aujourd’hui, après avoir levé le camp, nous repartons en auto-stop de Belgrade à Zagreb. Non sans difficulté (la pluie, entre autres), nous arrivons dans la soirée à Zagreb, en Croatie.
Nous mangeons dans un self-service et renonçons à passer la nuit sous la tente. Nous nous rendons dans une auberge de jeunesse.
Située sur une grande avenue, elle est peuplée de jeunes Russes. On veut prendre une douche. L’une d’entre elles est occupée : « hi, hi… ich bin Petrouchka », nous lance une jeune fille, manifestement peu farouche…
Hichem s’en souvient encore ! * On ira pourtant dormir seuls…

* en 2015 !

Samedi 24 juin 1972

Aujourd’hui, auto-stop de Zagreb à Rijeka, sur la côte adriatique yougoslave. Pas facile !
Nous nous dirigeons vers l’Italie et atteignons Podgrad, un village d’Istrie, en Slovénie. Nous montons la tente à la sortie du bourg, dans un pré au bord de la route.
Le fou du village se promène dans les rues, au demeurant fort sympathique !

Dimanche 25 juin 1972

Nous essayons de faire de l’auto-stop toute la matinée sans succès. J’en profite pour terminer de composer un poème : « La magie de la terre ».
Une grosse voiture s’arrête quand même. Seulement voilà, le monsieur ne veut que moi, pas Hichem ! Hum, non merci !
A 12h40, nous prenons un autobus jusqu'à la frontière italienne. Problème : nous n’avons plus de dinars yougoslaves, seulement des lires italiennes. On monte quand même, sans payer. Grommellements du chauffeur. Que va-t-il faire ?
Finalement, nous arrivons sans encombre à la frontière italienne. On descend du bus (on n’insiste pas pour dire merci !) et on passe à pied la douane.
Nous sommes en ITALIE.

L’Italie était une péninsule formée de royaumes, principautés et villes indépendantes, soumises à des guerres incessantes et aux ingérences des grands états européens. Après la victoire sur les Autrichiens en 1859, Cavour et Garibaldi réalisent l’unification du pays. Le Royaume d’Italie est proclamé le 14 mars 1861. Après la période fasciste de la Seconde Guerre mondiale, la République italienne est instaurée en 1946.
L'Italie est l'un des membres fondateurs de la Communauté Economique Européenne.

Nous gagnons à pied Trieste, sur la mer Adriatique, et nous traversons la ville.
Après la Première Guerre mondiale, l'Autriche-Hongrie fut démantelée et l'Istrie passa à l'Italie qui réussit peu après à annexer Fiume (Rijeka). Après la Seconde Guerre mondiale, l'Istrie fut disputée par l'Italie qui ne garda au bout du compte (en 1954) que Trieste (ainsi coupée de son arrière-pays) et la Yougoslavie qui annexa le reste.
Nous faisons 10 km à pied dans la soirée pour quitter la ville, sur une route en corniche qui surplombe la mer Adriatique.  Auto-stop quasiment impossible. Nous serons tout de même chargés pendant quelques kilomètres.
La fatigue (et le découragement) se faisant sentir, nous campons près de l'autoroute à Ronchi-del-Legionari.
[Depuis Strasbourg, nous avons parcouru 2000 km en auto-stop.]

Lundi 26 juin 1972

Même scénario ce matin. Découragés, on décide de prendre le train.
Alors, effectivement, à 13h34, nous montons dans un train à Monfalcone.
Nous débarquons à Venezia (Venise) à 15h15.
Sortant de la gare Santa Lucia, on est tout de suite dans l’ambiance. On débouche sur le Grand Canal, artère fluviale principale de Venise. Pouvoir d’attraction et de fascination extraordinaire. Toute une ville sans aucune voiture !
On se promène et on se perd dans les ruelles tortueuses, par-dessus les canaux, au milieu des palais. Forcément frustrant puisqu’on ne fait que passer !
La place Saint-Marc, avec la basilique Saint-Marc, le campanile et le palais des Doges, est le cœur de la ville. C’est l’une des places les plus célèbres du monde. Son caractère unique vient de la beauté des édifices qui la bordent et de l’élégance des lourds drapés qui l’habillent.

On écrit à Annie. On mange le soir dans une « trattoria ». Puis on se promène de nuit en ville...

Mardi 27 juin 1972

... A 0h34, nous prenons le train pour Milan. Nous y arrivons à 5h. On traîne notre ennui dans la gare.
De 7h  à 7h35, on effectue le trajet en train Milan – Como (Côme).
On passe la matinée à Côme, au bord du lac : lieu de prédilection des romantiques du XIXe siècle, séjour préféré des souverains de tous les pays, paysages merveilleux de l’imagerie traditionnelle de l’Italie.
Quant à nous, on n’a pas la même approche. Le temps est pluvieux, l’auto-stop ne marche pas. Après une engueulade entre nous pour savoir si on continue en stop ou non, nous prenons le train à midi pour Chiasso, en SUISSE.

La Confédération suisse était une confédération de cantons au sein du Saint Empire romain germanique, à partir de 1291. Indépendante de fait depuis le 22 septembre 1499, elle a acquis son indépendance de droit à la paix de Westphalie le 24 octobre 1648. C'est un état fédéral depuis 1848. Le pays a une longue tradition de neutralité politique et militaire, et abrite de nombreuses organisations internationales.

Chiasso est une bourgade de l’extrémité sud du canton du Tessin, de langue italienne. Située à la frontière avec l'Italie, elle est la commune la plus méridionale du pays.
Nous traversons la Suisse en train : Chiasso - Basel (Bâle).
Nous parcourons la ville de Bâle à pied puis rentrons en auto-stop à Strasbourg par les autoroutes allemandes.
Après la frontière de Kehl, dans le quartier du Port du Rhin, nous passons dire bonjour à un de mes anciens copains d'armée, Michel Dziuba.
Nous rentrons à Strasbourg et allons nous coucher vers 22h au FEC, le foyer où j'ai ma chambre.


*****

1973 Tunisie

Dimanche 8 avril 1973

A 18h30, depuis Marseille où habitent mes parents, je pars en autobus à l’aéroport international de Marseille-Marignanne.
L’avion pour Tunis décolle à 19h40. Je suis impressionné, car c’est la première fois que je prends l’avion.
Nous faisons une escale à Bastia, en Corse. Personne ne sort de l’avion.
Arrivée en TUNISIE à 22h, à l’aéroport de Tunis-Carthage.

Ancienne province de l’Empire ottoman, la Tunisie devient un protectorat français en 1881, puis un territoire à autonomie interne en 1954. Son indépendance est reconnue le 20 mars 1956. La République tunisienne est proclamée en 1957 par Habib Bourguiba qui en est toujours le président. 
La Tunisie est membre de la Ligue arabe depuis 1958.

Je suis accueilli à l’aéroport par Tayeb, un des frères d’Hichem. Nous rentrons de nuit à Ez-Zahra, une ville côtière à 15 km de la capitale, où habitent Tayeb et sa femme Monia, chez qui je vais loger.

Lundi 9 avril 1973

A 10h30, Tayeb et moi partons en voiture au port de La Goulette, pour accueillir Hichem en provenance de France.
En fin de matinée, Hichem m’emmène avec lui rendre visite à des amis, M. et Mme Ducauze, coopérants français. Nous rentrons ensuite à Ez-Zahra.
L’après-midi, Hichem, son cousin Jellel et moi allons rendre visite à des parents et voisins. Par la suite, nous faisons tous les trois un tour en voiture à TUNIS et dans les environs, ce qui me donne un aperçu général de la ville et de la région.

De retour à Ez-Zahra, nous passons la soirée chez Tayeb et Monia. Nous regardons la télévision.

Mardi 10 avril 1973

Matinée à Ez-Zahra. J’accompagne Monia faire quelques courses en ville.
L’après-midi, Hichem et moi rejoignons Tunis en taxi. De là, nous partons en « voiture de louage » (taxi collectif) jusqu’à Nabeul. La voiture de louage est un moyen de transport fort utilisé par les Tunisiens. La voiture ne part que lorsqu’elle est pleine.
Nous arrivons chez la mère d’Hichem, à Nabeul, avenue Mongi Slim, à deux pas de la mer.
Située au sud de la péninsule du Cap Bon, en bord de  Méditerranée (golfe d’Hammamet), Nabeul est très touristique. La ville est réputée auprès des Européens pour sa plage et son titre de capitale de la poterie.
Nous allons nous promener dans la soirée en ville et nous passons la nuit chez la mère d’Hichem.
Petit détail : dans les maisons arabes, il n’y a pas de papier-toilette dans les WC. Seulement un robinet et un broc pour se laver à la main ! Il va falloir s’habituer…

Mercredi 11 avril 1973

Matinée en ville, à Nabeul, avec un copain d’Hichem : dans le centre, autour de la  rue Farhat Hached, dans la « médina » (la vieille ville arabe) et le souk.
Nous rentrons à Ez-Zahra en voiture de louage dans l’après-midi.
Le soir, nous allons prendre l’apéritif chez des coopérants, puis nous allons manger dans un hôtel avec M. et Mme Ducauze.
Nous sommes de retour à minuit chez Tayeb et Monia.

Jeudi 12 avril 1973

Le matin, je pars pour Tunis avec Hichem. Nous visitons la Maison de l’Artisanat.
Nous déjeunons ensuite chez son frère aîné.
L’après-midi, nous nous promenons à pied à Tunis : d’abord dans la ville moderne avec l’avenue Habib Bourguiba et l’avenue de France, puis dans la médina et les souks.
Si l’on n’est pas franchement dépaysé dans les quartiers modernes où le décor et l’activité sont proches de ceux d’une ville occidentale, en revanche le vieux centre, marqué par l’architecture coloniale, grouille de monde : jeunes, vieux, costumes occidentaux, vêtements traditionnels, cireurs de chaussures et vendeurs de jasmin, mélopées des muezzins, tout cela crée un tourbillon de vie dans lequel se rencontrent les traditions et la modernité, l’Afrique, l’Orient et l’Occident.
Nous sommes invités à 20h30 par un autre frère d’Hichem, Norredin (que j’ai connu à Strasbourg). Nous mangeons tous les trois dans un restaurant, le M’Rabet, dans la médina, au premier étage d’un ancien café maure.
Je passe ensuite la nuit dans un hôtel en ville, car Hichem ne rentre pas à Ez-Zahra.

Vendredi 13 avril 1973

On est réveillé tôt par l’appel du muezzin…
Je règle ma nuit d’hôtel avec les dinars tunisiens qu’Hichem m’a échangés contre des devises, et je vais passer la matinée à Tunis.
Pérégrinations sur l’avenue Habib Bourguiba, la grande avenue de la ville. Je suis frappé par le contraste des jeunes filles en mini-jupe côtoyant les femmes voilée et les hommes en djellaba ou portant la chéchia. Des portraits géants du « Combattant suprême » trônent aux carrefours. La moindre des échoppes a son portrait de Bourguiba.
J’attends Hichem au Café de Paris, sur l’avenue Bourguiba.  Bière et olives… tout en observant l’animation qui règne en permanence.
Je rencontre les Ducauze et, comme Hichem semble ne pas arriver, je rentre avec eux manger à Ez-Zahra.
Je passe l’après-midi avec Jellel à Ez-Zahra puis de nouveau à Tunis.
Hichem et moi dormons chez un oncle au village.

Samedi 14 avril 1973

Je passe la matinée à Ez-Zahra. Je prépare entre autre mon sac à dos.
A 15h, je prends le train pour Hammam-Lif. De là, je pars en auto-stop pour un voyage dans le Sud.
Je suis d’abord chargé par une carriole à cheval qui me sort de la bourgade. Plus souvent, ce sont des ânes que l’on retrouve attelés au bord des routes.
Pour le reste, l’auto-stop fonctionne. Les Tunisiens chargent facilement leurs compatriotes qui n’ont pas de moyen de communication. Une participation de quelques pièces au voyage sera la bienvenue, même si l’on ne vous demande rien.
Je parviens à Sousse, une ville portuaire, aux portes du Sahel tunisien, à 19h. Je dors dans un petit hôtel de la médina.

Dimanche 15 avril 1973

Au sommet de la vieille ville, la casbah domine la médina entourée de beaux remparts crénelés. Celle-ci, bâtie sur un coteau, descend vers la mer en un dédale de petites rues et d’escaliers. Je me promène dans les souks et je visite le musée.

L’après-midi, je continue l’auto-stop jusqu’à El Jem.
On est dans la région des oliviers. Sur des dizaines de kilomètres, cette contrée plate, écrasée de soleil, produit des olives.
On le voit de loin, le gigantesque amphithéâtre romain qui écrase de sa masse les petites maisons basses du bourg agricole. C’est le plus grand édifice romain de Tunisie encore debout et l’un des plus grands du monde romain. Il surpasse les arènes de Nîmes et même celles d’Arles. Il pouvait accueillir près de 30 000 spectateurs.
L’entrée est payante. Devant le site, les inévitables dromadaires à touristes, avec photo pour le souvenir… Je parcours l’amphithéâtre, flânant dans les coulisses et les vieilles pierres.
J’achète à manger dans une échoppe autour du site ; et je repars en auto-stop.
J’atteins Sfax à 18h.
Grande ville industrielle, deuxième du pays, premier port national, elle est aussi très polluée.
A mon arrivée, je fais une promenade en ville. Un petit garçon m’aborde, me propose sa sœur ou bien… lui-même !
Je recherche un hébergement pour la nuit que je trouve dans un petit hôtel de la médina : dans un escalier en colimaçon, une petite chambre avec un lit aux draps douteux et dont la porte ne ferme pas. Je pousse le lit contre la porte, au cas où…

Lundi 16 avril 1973

Au matin, je me promène en ville. C’est une ville d’affaires avec de grands immeubles modernes, mais avec une médina animée, sans agressivité commerciale. Je vais ensuite faire une balade sur les quais du petit port de pêche.
Dans l’après-midi, je continue vers le sud.
Avec mes cheveux longs qui tombent sur les épaules, je pourrais, paraît-il, sembler équivoque. Est-ce pour cela qu’un automobiliste me charge et me fait des avances, la main sur ma cuisse ? Je fais comprendre que non, pas vraiment…

Le paysage change. Aux plaines couvertes d’oliviers et aux forêts de chênes verts et de chênes-lièges succède un paysage plus aride, à la végétation qui annonce le désert.
A 14h30, j’arrive à Gabès, porte d’entrée du Grand Sud qui flirte avec la mer, au bord d’un golfe qui - rare endroit en Méditerranée - connaît des marées relativement importantes.
Gabès fut  un comptoir phénicien puis une colonie romaine.
Je recherche un hébergement pour la nuit. L’auberge de jeunesse me semble correcte. J’y laisse mon sac à dos et je vais me promener en ville dans les vieux quartiers. Je visite le Centre de l’Artisanat puis la mosquée de Sidi Driss, aux colonnes antiques dans la salle de prière.
Je mange dans un petit restaurant et je passe la nuit à l’auberge de jeunesse.

Mardi 17 avril 1973

Au matin, je parcours l’oasis de Gabès en calèche avec un couple de Français et un Australien, rencontrés sur place, jusqu’au village de Chenini. La palmeraie comprend plus de 300 000 palmiers et s’étend sur 6 km. Le pittoresque village de Chenini est spécialisé dans l’artisanat de la vannerie.
Nous revenons à pied par un sentier sous les palmiers. Nous pique-niquons dans la nature. Un de mes compagnons essaye sans succès de grimper sur un palmier !

L’après-midi, je poursuis ma route en auto-stop. On aperçoit les premières « ghorfas » ou greniers à grain du temps passé.
Je parviens à Médenine, porte d’entrée des ksour du sud, divisée en deux par un oued.
Je me dirige maintenant par le sud-est vers lîle de Djerba, reliée au continent par une chaussée romaine, longue de 7 km. Datant de l’époque punique, elle servait au transport des étoffes teintes de pourpre et des jarres d’huile.
Ile du sud de la Tunisie, toute plate, le sol y est rude, l’eau rare et la végétation dispersée. Les murets en terre, fixés avec des cactus et des figuiers de Barbarie, contiennent les vents salins.
Pour la plupart berbères, les habitants parlent encore dans certains villages leur propre langue.
Débarqué dans l’île, il me faut continuer à pied le long de la route. Des familles travaillent dans les champs. Des enfants inoccupés, intrigués et provocateurs me lancent des pierres. Au bout d’un moment - la patience a des limites - je m’arrête, fouille dans ma besace et en ressort un couteau à cran d’arrêt, dont la lame luit au soleil. Le petit peuple s’éparpille… Pas très rassuré tout-de-même, je m’éloigne rapidement.

On me charge jusqu’à Houmt-Souk, la seule vraie ville de l’île.
Je me promène en ville, dans les rues et les souks. Je ne sais pas où je vais dormir.
Dans la soirée, je rencontre un jeune Tunisien, très amical, qui cherche le contact et m’invite à manger au restaurant. Nous discutons beaucoup. Il m’héberge alors chez lui pour la nuit, dans sa petite maison blanchie à la chaux.

Mercredi 18 avril 1973

Je dors jusqu’à 11h. Mon hôte est déjà parti. Nous avions convenu la veille d’un endroit où laisser la clé. Merci, l’ami, pour la confiance !
L’après-midi, à nouveau en bord de route, je retrouve les deux Français de Gabès. Nous parcourons l’île en voiture de louage : arrêt au village de Hara Srhira, et visite de la synagogue de la Griba, devenue un centre spirituel pour l’étude de la Torah. Un vénérable barbu nous fait pénétrer. Décoration superbe (murs, vitraux et plafond).
L’île abrite une petite communauté juive, l’une des plus anciennes du monde. Ici, juifs et musulmans ont toujours vécu ensemble en bonne intelligence.
Nous faisons également une halte au village de Guellala (poteries, tissages).

Dans la soirée, je repars seul vers Gabès. J’y arrive vers 22h30. Il fait nuit, et l’auberge de jeunesse est fermée. Je trouve tout de même un petit hôtel pour passer la nuit.

Jeudi 19 avril 1973

Au matin, je retourne à l’auberge de jeunesse et j’y dépose mon sac à dos.
A 11h, je prends un autobus local pour me rendre dans le djebel, à Matmata. Pendant le trajet, une femme voilée m’observe intensément…
Matmata est un village berbère troglodytique, au milieu des collines dénudées au ton ocre. Paysage tourmenté percé de trous et de cavités.
Pour se protéger des envahisseurs, la population s’est enterrée. Elle a creusé des cavités dans la roche tendre au fond de puits de 5 à 10 mètres. On y accède par des tunnels creusés dans le talus ou directement par des échelles. Je visite une de ces habitations souterraines. Le fond du cratère est percé de niches servant de magasins à provision, de greniers ; et les pièces d’habitation s’enfoncent profondément dans le sol. Poules et canards entrent et sortent. Les habitants sont accueillants et font visiter volontiers leur demeure. Je laisse mon obole.
Je mange un sandwich tunisien (thon, tomates, piment, huile d’olive) acheté sur le site et je rentre en bus à Gabès pour 14h.
Je termine l’après-midi à l’auberge de jeunesse.
Le soir, je vais manger dans un restaurant avec quatre Françaises rencontrées à l’auberge. Nous allons ensuite nous promener à la plage, au bord de la mer, dans la douceur de la nuit du Sud, avant de rentrer nous coucher.

Vendredi 20 avril 1973

J’envisage de partir en stop vers Tozeur et la frontière algérienne, à travers le désert. J’y renonce assez vite ! Et à 9h, j’entame mon voyage de retour Gabès – Tunis en auto-stop. Ça marche assez bien.
Vers le nord, avec des Français qui m’ont chargé dans leur voiture, on s’arrête au djebel Zaghouan : C’est de Zaghouan, l’antique Zita, que partait l’aqueduc long d’une centaine de km alimentant la ville de Carthage. En continuant à pied par un sentier, on visite le temple des Eaux, bassin collecteur en forme d’hémicycle construit en 130 par l’empereur Hadrien.
On arrive à Tunis à 17h. [J’ai parcouru en tout 1200 km en auto-stop.] Je regagne Ez-Zahra par autobus. Je passe la soirée dans le village avec Jellel et des copains. Puis je regarde la télévision chez Tayeb.

Samedi 21 avril 1973

La matinée, j’occupe mon temps à flâner dans le village. L’après-midi, je reste à la maison avec Monia, puis je vais faire un tour en voiture avec Jellel à Hammam-Lif, et ensuite je passe chez des voisins.
Le soir, on regarde la télévision.

Dimanche 22 avril 1973

Nous allons manger pour midi à Tunis chez une des sœurs d’Hichem.
A 16h45, toute la famille me conduit en voiture à l’aéroport.
Adieux sympathiques et chaleureux.
L’avion décolle à 17h30 et se pose à Marseille- Marignanne à 18h45. Je rejoins la ville de Marseille en autobus où je vais passer la soirée avec mes parents et Gilbert.


*****

1973 Irlande

Lundi 10 septembre 1973


Partis jeudi 6 septembre de Strasbourg en auto-stop, après une étape à Saint-Dizier, Patrice Nathier et moi, en route pour l’Irlande, avons passé la nuit dans une auberge de jeunesse à Lille.
Dans la journée, trajet Lille – Calais, en auto-stop.
Nous mangeons sur une plage au bord de la mer, à Petit-Fort-Philippe.
A 17h, nous prenons l’aéroglisseur (hovercraft), véhicule à coussin d’air, pour traverser la Manche de Calais jusqu’à Ramsgate, au ROYAUME-UNI.

Héritier des royaumes d’Angleterre et d’Ecosse, le royaume de Grande-Bretagne naît le 1er mai 1707. L'union législative de la Grande-Bretagne et de l'Irlande est scellée le 1er janvier 1801 par les deux parlements irlandais et anglo-saxons sous l'Acte d'Union de 1800. Le pays est alors nommé « Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande ». Après l’indépendance de l’Irlande en 1921, le pays prend le nom de Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord.

Le Commonwealth des Nations, issu du Statut de Westminster adopté en 1931, (association d'anciennes colonies ou protectorats de l'Empire britannique) est depuis 1946 une association libre d’Etats, unis par leurs intérêts communs et  dirigés symboliquement par le souverain du Royaume-Uni, devenu le chef du Commonwealth.
Depuis le 1er janvier 1973, le Royaume-Uni  a rejoint la Communauté Economique Européenne.

Nous débarquons à 17h45, à Ramsgate (comté de Kent), à l’extrême sud-est de l’Angleterre, jolie ville à l’abri des falaises de la côte nord-est du Kent.
A la sortie du port de Ramsgate, nous faisons de l’auto-stop vers Londres, le long des cottages qui bordent la route.
Dépaysement : ici on roule à gauche, et pour le stop il faut se mettre à gauche ! Pareil quand on monte dans la première voiture…
Il faut aussi s’habituer à l’indication des distances en miles (1 mile = 1,6 kilomètre). Ça ne marche pas terrible, le stop. Nous arrivons seulement à minuit au sud de Londres.
Nous plantons la tente au « Cristal Palace Park », en banlieue : grand terrain de camping au sol dur en terre battue. Le maillet est bien utile pour arrimer ma vieille tente militaire.

Mardi 11 septembre 1973

Notre but n’étant pas de visiter Londres, nous sortons de la ville au matin, en faisant du stop sur les boulevards périphériques. 
Après-midi : trajet à travers l’Angleterre jusqu’à l’estuaire de la Severn. Nous passons au pays de Galles (Wales) et arrivons à Newport où nous mangeons (sur le pouce). 
En flirtant avec la limite entre Angleterre et pays de Galles, nous remontons jusqu’au nord-ouest de l’Angleterre. La nuit tombée, nous sommes chargés dans la remorque d’un véhicule qui nous mène pour 22h à Chester (comté de Cheshire) : agréable trajet sous les étoiles, sur de petites routes de campagne. 
Il fait nuit, et il va falloir dormir. Nous plantons la tente dans un parc public, dissimulés par un bosquet.

Mercredi 12 septembre 1973

Pas eu de problème, derrière le bosquet…
Le matin, on visite la ville, pittoresque cité avec de vieilles maisons à colombage. Patrice fait des photos de « churches » ; ça m’énerve…
C’est là qu’on apprend, en regardant les journaux en devanture, le coup d’état militaire du général Pinochet au Chili et la mort du président Salvador Allende qui se serait suicidé. Nous sommes atterrés…

L’après-midi, à la sortie de Chester, on fait de l’auto-stop à travers le nord du pays de Galles.
Le pays de Galles (Wales) est une des quatre nations composant le Royaume-Uni, suite à l’Acte d’union de 1536. Le pays est resté celtique et l'usage de la langue galloise s'est toujours perpétué, alors même qu'en Angleterre et en Écosse, l'usage des langues celtiques s'est perdu ou a largement diminué.
On atteint l’île d’Anglesey, extrême nord-ouest du pays de Galles, reliée au continent par un immense pont.
A 19h, nous arrivons à Holyhead. C’est un port d’escale.
Nous attendons à la gare le bateau pour l’Irlande. Eh oui ! On prend un billet, et passées les portes de la gare, on se retrouve au bord de la mer d’Irlande !
A 23h, nous montons sur le bateau « Cambria », à quai, pour y dormir sur des bancs.

Jeudi 13 septembre 1973

A 3h, départ du navire. Le ronflement des moteurs nous réveille, si tant est qu’on dormait… 
A 7h, arrivée du bateau en République d'IRLANDE, au port de Dun Loaghaire. 

Territoire sous domination anglaise depuis 1175, l’Irlande est intégrée au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande en 1801. Elle s’en rend indépendante le 6 décembre 1921 sous le nom d’Etat libre d’Irlande.
En 1949, elle prend le nom de République d’Irlande et rompt avec le Commonwealth.
Le 1er janvier 1973, l’Irlande devient membre de la Communauté Economique Européenne.

Depuis le port, une navette ferroviaire nous mène à la gare de DUBLIN (Baile Átha Cliath, en gaélique). On débarque au centre-ville. Un peu endormis, on cherche un endroit pour prendre un petit déjeuner. Auparavant, dans une banque, nous changeons des livres sterling contre des livres irlandaises. Sur une grande avenue, on s’arrête dans un café qui nous sert un breakfast avec des œufs au bacon et des saucisses. Hum ! C’est bon, ça requinque et ça réconcilie (brièvement) avec la cuisine britannique. D’autant plus que nous y rencontrons deux Finlandaises (blondes, comme il se doit) ! Conversation en anglais, enfin… plutôt Patrice, parce que moi, c’est déplorable ! Lorsque nous leur annonçons que nous comptons nous rendre en Irlande du Nord, la réaction d’une d’entre elles est immédiate : « You are fool, I want not to be killed ! »
Nous passons la matinée en ville avec les filles. Après les avoir quittées, nous nous rendons chez notre copine Phyllis, une étudiante que nous avons connue à Strasbourg.
Nous mangeons chez elle, avec ses parents, à midi. Réception très « british », le repas aussi... 
L'après-midi, nous allons nous promener en ville.
Le gaélique, d’origine celtique, première langue officielle de l’Irlande, est une des plus vieilles langues d’Europe. Les panneaux indicatifs sont rédigés en anglais et gaélique. Bien que la langue officielle soit l’irlandais, tout le monde parle anglais.

Le soir, nous allons manger avec Phyllis chez des amis à elle. Par la suite nous sortons ensemble dans un « pub » jusqu’à 22h.
Patrice et moi dormons dans une auberge de jeunesse.

Vendredi 14 septembre 1973

Journée à Dublin : visite de la ville.
Capitale à l’aspect plutôt provincial, la ville la plus cosmopolite du pays est une ville à échelle humaine, avec une magnifique architecture géorgienne.
Elle est située à l’embouchure de la Liffey.
A 18h30, nous mangeons chez les parents de Phyllis. Attention, pas de retard !
Ma perception de la langue anglaise n’évolue guère… Désespérant !
Le soir, nous sortons avec Phyllis et son fiancé à Dun Loaghaire : nous allons dans un bar puis nous nous promenons au port jusqu’à 22h30.
Patrice et moi retournons dormir à l’auberge. 

Samedi 15 septembre 1973

En fin de matinée, nous traversons la ville à pied, chargés de nos sacs à dos. Je suis frappé par la grisaille générale des bâtiments. 
Nous quittons Dublin. Aux abords de la ville, la concurrence est forte. De nombreuses personnes font du stop, essentiellement des autochtones. Des jeunes filles en robe sage utilisent également ce moyen de transport.
On traverse le pays en auto-stop jusqu’à Limerick (comté de Limerick) sur la côte atlantique, à l’embouchure du fleuve Shannon.
Comme d’habitude, nous arrivons de nuit. A 23h, nous nous rendons tout d’abord dans un bar de station-service, puis nous campons sur un terrain de camping libre derrière la station.

Dimanche 16 septembre 1973

On passe la matinée sous la tente, puis on traverse Limerick.
L’après-midi, nous faisons de l’auto-stop de Limerick à Galway.
Située sur une baie de la côte ouest de l’Irlande, (province de Connaught, comté de Galway), la ville de Galway est la porte d’entrée du Connemara.
Nous arrivons à 17h.
Nous montons la tente dans un pré, à l’abri d’un mur de pierres. Nous décidons d’aller manger dans un restaurant. Nos maigres finances nous permettent-elles  de prendre une bouteille de vin (cher, ici) ? On va dire que oui.
Nous passons ensuite la soirée dans un pub jusqu’à 22h. Enfumé, plein à craquer, la bière y coule à flot. Et puis, à 22h, couvre-feu : on ne sert plus. La réglementation est très stricte.

Lundi 17 septembre 1973

Nous passons la matinée à Galway. On est conquis par cette ville riche en bâtiments et en rues médiévales. Cathédrale, églises, tout pour plaire à Patrice qui photographie encore et toujours… Promenade sur le port et le long de l’océan.
L’après-midi, nous montons la tente dans une nature sauvage et tourmentée de landes au bord de l’océan. Le temps se gâte ; pluie et bourrasques nous confinent jusqu’au soir sous la tente.
Au nord-ouest de la ville, commence le Connemara, région de montagnes et de landes inhospitalières qui lui a valu de rester sauvage et préservée.
On en a assez d’observer le ciel gris, la côte déchiquetée et les oiseaux de mer. A la faveur d’un répit, nous tentons une sortie à Galway jusqu’à 22h.

Mardi 18 septembre 1973

Le vent et la pluie n’épargnent personne, pendant toute la matinée.
Nous nous mettons en route l’après-midi pour remonter vers le nord. Auto-stop dans le Connaught jusqu’à Sligo. Paysages verts, riants, à l’habitat traditionnel, où paissent les moutons.
Longeant l’océan, nous continuons la route et pénétrons, par un rétrécissement entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, dans le comté de Donegal.
Comté le plus au nord de l’Irlande, dans la province de l’Ulster, aux paysages rudes et sauvages, c’est un ensemble de collines peu élevées avec un littoral très découpé où le gaélique est encore très présent.
A 21h, nous atteignons Donegal, une ville située à l'embouchure de la baie éponyme.
Nous mangeons et dormons dans une auberge de jeunesse à 5 km de la ville.

Mercredi 19 septembre 1973

Nous faisons quelques photos au bord de la baie.

              

L’après-midi, nous quittons Donegal, en direction de l’Irlande du Nord.
Au bord de la route, un bouc de rencontre nous aide à faire de l’auto-stop, se plaçant  devant les sacs à dos !


Nous atteignons Lifford, sur la river Foyle, à la limite de l’Irlande du Nord.
Après le passage de la frontière irlandaise (sans aucun problème), nous franchissons à pied le pont sur la rivière. Des militaires britanniques nous fouillent, s’informent sur la raison de notre présence ici. « Very bad », tel est le résumé de la situation, vécue par un de ces soldats.
Après un slalom à travers des chicanes destinées à empêcher les voitures de passer (et les sacs de sable, et les meurtrières qui vont avec…), nous rejoignons l’Irlande du Nord, entité du ROYAUME-UNI.
Nous atteignons Strabane, la première ville de l’autre côté de la rivière.

L'Irlande du Nord est l'une des quatre entités composant le Royaume-Uni depuis 1921. Elle se compose de six des neuf comtés de la province irlandaise d'Ulster, au nord-est de l'île d'Irlande. Pour les Irlandais de la République, les six comtés de l'Irlande du Nord sont «sous domination britannique». Les habitants de l’Irlande du Nord sont d’origine anglaise, écossaise ou irlandaise. Ceux d’origine anglaise et écossaise forment la majorité de la population : ils sont de religion protestante et veulent généralement poursuivre la politique de rattachement avec la Grande-Bretagne. Cependant, même si les protestants constituent la majorité de la population d'Irlande du Nord, ils sont peu à peu rattrapés par les catholiques, dont le taux de natalité reste plus élevé. Les catholiques sont concentrés à proximité de la frontière avec la République d'Irlande et dans certains ghettos urbains de Belfast (la capitale) et de Londonderry.
En 1972, le gouvernement de Londres a décidé de suspendre le gouvernement et d’abolir le parlement de Belfast, puis d'imposer la loi martiale.

Depuis la frontière, nous continuons notre route pour atteindre Londonderry vers 19h. Nous nous rendons en ville.
Sur un pont qui sépare le quartier protestant du quartier catholique, nous sommes arrêtés par des militaires britanniques. On les informe qu’on cherche un camping, des fois que… Interloqué, l’un d’entre eux nous répond : « Mais c’est la guerre, ici ! ».
Alors, après le passage du pont, nous montons sur une colline. A côté d’un parc à chevaux, nous installons la tente, en contre-haut de la ville.

Jeudi 20 septembre 1973

En pleine nuit, nous sommes réveillés par le bruit d’une explosion. On sort de la tente. En ville, un bâtiment flambe…
Au matin, passant par là, on constate l’ampleur des dégâts : les restes fumants d’un entrepôt de whisky…

Trajet en stop de Londonderry à Belfast.
Un Irlandais nous charge, nous parle de son pays. Catholique, il ne comprend pas la partition.
Nous arrivons à 14h à Belfast, située à l'embouchure de la rivière Lagan et entourée de collines.
Nous mangeons sur le pouce puis nous rendons à l’auberge de jeunesse. Il n’y a personne dans cette auberge (et pour cause !), à part un routard français avec qui nous lions connaissance.
Le soir, nous nous faisons à manger sur place. Notre compagnon voyage avec sa guitare. La soirée en sa compagnie se poursuivra au son des cordes.

Vendredi 21 septembre 1973

Nous passons la journée à Belfast.
Belfast est devenue le centre du protestantisme irlandais, et la capitale d’Irlande du Nord en 1922. Pendant une grande partie de son histoire, Belfast a été tiraillée par les divisions sectaires entre catholiques et protestants, qui ont abouti aux événements violents qui se sont produits depuis les années 1960 comme la série d'attentats lors du Bloody Friday en  1972, qui fit 9 morts et 130 blessés.
Nous visitons la ville. Impressionnant !  Nous en retenons surtout les multiples contrôles pour pénétrer dans les rues commerçantes du centre-ville. On a l’impression de se trouver dans une ville assiégée. Les rues sont bouclées par des barrières et des palissades où il faut montrer ses papiers pour accéder, avec fouille des bagages.


Les commerces sont protégés par des grillages qui montent jusqu’au toit, pour éviter les bombes. En dehors du centre-ville, ce ne sont que ruines incendiées et quartiers dévastés !














On parvient tout de même à boire un pot dans la ville.
Nous rentrons à l’auberge à 17h30. Le copain routard a mangé tout seul.

Samedi 22 septembre 1973

Nous quittons Belfast dans la matinée. Nous arrivons à Larne à 13h.
Situé à vingt miles de Belfast, Larne est le port d'Irlande du Nord où il est le plus facile de se rendre en Ecosse. On considère aussi Larne comme la "Gateway to Northern Ireland", c'est à dire la Porte de l'Irlande du Nord.
A 15h30, nous prenons le bateau pour retourner en Grande-Bretagne.
Nous y retrouvons le routard français rencontré à Belfast.
A 17h15, arrivée à Stranraer, en Ecosse.
Paysage de landes, à perte de vue…
Nous montons vers le nord en auto-stop jusqu’à Glasgow. Notre compagnon agrémente le trajet, dans le fourgon qui nous a chargés, par des airs de Brassens et de Brel.
L’automobiliste nous dépose devant une auberge de jeunesse. Nous y laissons nos bagages et sortons en ville jusqu’à 22h30.
Nous passerons la nuit à l’auberge de jeunesse.

Dimanche 23 septembre 1973

Au matin, Patrice et moi, nous traversons l’Ecosse d’ouest en est, de Glasgow à Edinburgh.
Dans l’après-midi, nous visitons le centre d’Edinburgh (dont le château de la ville, sur la colline).
Capitale de l’Ecosse, Edinburgh fut pillée à plusieurs reprises par les Anglais. Elle perdit en 1707 son parlement, et la mainmise de l’Angleterre se fit plus précise, lors de la création du royaume de Grande-Bretagne.
Nous faisons ensuite des achats dans un marché souterrain, sorte de centre commercial de la ville.
Ciel lourd et nuageux…
Nous prenons le repas du soir à l’auberge de jeunesse Eglinton, vieille maison bourgeoise du XVIIIe siècle, où nous sommes installés, puis nous sortons en ville jusque vers 22h.

Lundi 24 septembre 1973

A midi, nous mangeons dans un restaurant avec le copain routard français.
Ensuite, nous décidons de descendre ensemble en auto-stop vers le sud. Nous resterons sur place tout l’après-midi ! A trois, ce n’est déjà pas facile. Mais, comme nous sommes éméchés et que nous avons fumé un joint, l’auto-stop devient folklorique ! On s’installe en bord de route, on fait signe aux automobilistes, on s’amuse, on leur fait des bras d’honneur… La faim se fait sentir. On cuit des saucisses sur le petit réchaud portatif, tout en faisant toujours du stop de temps en temps ! Bien évidemment, personne ne s’arrête !
Et puis, de nuit, calmés, nous sommes enfin chargés…

Mardi 25 septembre 1973

… Nous traversons l’Angleterre.
A 4h, nous arrivons à hauteur de Huntington (près de Cambridge). Nous dormons à trois sous la tente, en plein milieu d’un échangeur autoroutier. Un peu étroit ! On parvient quand même à dormir quelques heures.

Ce n’est qu’à 14h que nous arrivons à Londres, à 620 km d’Edinburgh. Nous traversons la ville par le métro, aux rames tristes, vieillottes et brinquebalantes. Le copain décide de rester à Londres. On se quitte.
Au sud de la ville, nous continuons l’auto-stop jusqu’à Ramsgate où nous arrivons à 22h30.
Nous dormons tous les deux sous la tente, un peu mieux que la nuit dernière.

Mercredi 26 septembre 1973

A 12h, nous prenons l’aéroglisseur jusqu’en France : arrivée à Calais à 12h45.
Auto-stop de Calais à Paris. 
Arrivée à Paris à 21h30. Nous allons passer la nuit chez un copain de Patrice.
Nous en repartirons vendredi pour Saint-Dizier. Je rentrerai à Strasbourg lundi 1er octobre, après 3500 km d’auto-stop.


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