dimanche 13 décembre 2015

1987 Crête

Lundi 30 mars 1987

Mon frère Pierre m'emmène à l'aéroport d'Orly d'où je décolle à 11h40.
L’avion est un charter qui déverse sa cargaison de touristes. Ceux-là sont bien gentils et un peu bruyants ; ils applaudissent lorsque l’avion se pose…
Arrivée à Iraklio (Héraklion), dans l'île de Crète (GRECE) à 16h50, heure locale.

Après la prise de Constantinople en  1453,  la Grèce est intégrée à l’Empire ottoman. C’est le 3 février 1830, à la Conférence de Londres, que le premier état grec indépendant de l'ère moderne voit le jour, suite à une guerre d'indépendance.
En 1967, une junte d’officiers instaure le « régime des colonels ». La République hellénique est proclamée en 1973. En 1981, la Grèce intègre la Communauté Economique Européenne.

En 1913, la Crète (province autonome turque depuis 1898) décide de quitter l'Empire ottoman pour s'unir à la Grèce.

Après les contrôles de police et de douane, je passe au bureau de change (francs contre drachmes). J’embarque dans le bus des touristes jusqu’au centre d’Héraklion. Je dois supporter un jeu de devinettes… Heureusement, Héraklion n’est pas leur destination.
Le bus me dépose en ville. Je m'installe pour deux nuits dans un hôtel que j’avais réservé à l'avance.
Dans la soirée, je vais faire une balade à Héraklion. C’est d’abord du repérage. Pas facile de déchiffrer et retenir les noms de rues, uniquement inscrits en alphabet grec ! Mais c’est une question d’habitude. Demain, ça ira déjà mieux !
Au centre de la ville se côtoient églises byzantines, palais vénitiens, fontaines turques, bâtiments néoclassiques et immeubles de béton construits dans les années 1950.
Vers 21h, je mange dans une taverne, (« taberna ») en terrasse dans une ruelle commerçante. Pour ce soir, ce sera une moussaka.
A la nuit, je flâne en ville…

Mardi 31 mars 1987

Au matin, je vais me balader en ville : le vieux port haut en couleurs,
les imposants remparts vénitiens (datant du XVe siècle, longs de 4 km et larges jusqu'à 29 m), l'arsenal où l'on construisait jadis les galères. Le port est abrité par une immense jetée qui s'étend jusqu'à Kastro Koulès, fort vénitien construit dans les années 1530 devant la menace que constituait l'Empire ottoman.
Sur la place Eleftherias, je visite le musée archéologique. Il présente les trouvailles des fouilles effectuées dans toute la Crète et illustre la très ancienne histoire de l'ile. Surtout, les spécimens exceptionnels de la civilisation minoenne (2000-1400 avant JC) font de ce musée un lieu unique au monde.
Je mange dans une taverne, ainsi qu'habituellement.
Les kiosques à « döner kebab » sont foison. Le kebab est généralement fait avec de la viande d'agneau ou de poulet. La viande est découpée en tranches d’environ 1 centimètre d’épaisseur et est empilée sur une broche verticale. Un système de résistance électrique ou de brûleurs au gaz situé en arrière de la tour de viande permet de la faire cuire. Une fois cuite, la viande est finalement découpée verticalement en fines tranches. La spécialité grecque se mange dans un pain pita avec du yaourt sous le nom de gyros.

L’après-midi, je prends un bus pour aller visiter les ruines du palais minoen de Knossos, à 5 km d’Héraklion.


Knossos fut la capitale de la Crête lors de la période minoenne. La cité abritait le palais du roi Minos, fils de Zeus, le plus important des palais minoens et sans doute le plus connu des sites crétois depuis sa découverte en 1878. Knossos est aujourd'hui le plus grand site minoen qui puisse être visité. Son aspect et sa taille en font un endroit remarquable et incontournable des civilisations de l'Europe archaïque. Le palais découvert par Sir Arthur Evans est le plus grand et le plus raffiné des palais crétois. Construit vers 1800 avant JC, le premier palais de Knossos fut détruit 100 ans après par un séisme. Il fut immédiatement reconstruit. Il regroupait plus de mille pièces, possédait un système d'égouts très fiable, des toilettes à chasse d'eau et des routes pavées.


Autour de la cour centrale s'articulent les édifices majeurs. C'est dans ce palais que se trouve le fameux labyrinthe souterrain où, selon la mythologie, vivait le Minotaure.


Le site de Knossos est vaste, dans lequel on peut flâner librement, s'arrêter sur un banc à l'ombre des oliviers....
Les façades sont monumentales, elles s’étendent sur plusieurs niveaux et sont rythmées par des piliers et des colonnes rouges sur des murs en gypse et en albâtre. Les colonnades crétoises sont dites renversées car elles s’évasent vers le haut. Ce sont des colonnes en bois de couleur rouge qui sont plantées dans le sol et surmontées du chapiteau typique crétois.















Je reprends le bus et rentre à l'hôtel à 17h30. Je sors en ville pour siroter un « ouzo » bien frais et déguster un plat local, (zaziki, aubergines…) Sur la place Venizelou, se concentrent terrasses, cafés et restaurants. Très animée par les Crétois dès la tombée du jour, la place est un spectacle à elle seule. Spectacle encore enjolivé par la fontaine Morosini toute proche (XVIIe siècle), ornée de lions de marbre et qui offre une bienvenue fraîcheur.

Mercredi 1er avril 1987

A 10h30, je quitte l’hôtel, et je me rends avec mon sac à dos à la gare routière. Je prends un autobus pour Hania (La Canée), dans la partie ouest de la Crête, à 140 km d’Héraklion. 
Le voyage est pittoresque et coloré. Femmes en fichus, paysans typés avec parfois des volailles vivantes dans le paquetage. L’autobus s’arrête partout en pleine campagne, à chaque carrefour, dès que l’on fait signe au chauffeur. Les villageois font parfois encore une longue distance à pied  pour rejoindre leur village.
Le parcours est lent, rythmé par les arrêts. On arrive à 13h30.
Ancienne capitale de la Crète, Hania (La Canée) dégage une atmosphère harmonieuse comparé au tumulte qui règne à Héraklion. C’est une ville touristique, prisée par les routards.
Je m'installe dans une pension près du port : une petite chambre ingrate dont la fenêtre donne sur une étroite cour avec de hauts murs. Tant pis, je ne suis pas là pour y séjourner.

Je visite la ville jusqu’au soir, et notamment l'ancien quartier musulman Topanas. Le repérage est plus facile, car ici les inscriptions de rues sont doublées : alphabets grec et latin.
La vieille ville est dominée par les bâtiments de l'époque vénitienne. Le port qui est aujourd'hui bien trop grand, rappelle l'époque brillante où Hania était encore une métropole commerciale. Pour les bateaux d'aujourd'hui, le port n'est pas assez profond. Cargos et navires accostent à la base navale voisine, dans la baie de Souda.
C'est incontestablement sur le port vénitien et dans la vieille ville, entre jetée et mosquée des Janissaires, entre phare et ancien arsenal, que l'on ressent le mieux l'ambiance typiquement méditerranéenne des lieux. Je me perds dans le dédale des ruelles et des impasses en escaliers.


Autour du port, une concentration de routards marginaux et bruyants…
Je bois un ouzo en terrasse sur le port, encore éclairé par un soleil rasant.


J’entre dans un petit restaurant étroit, bondé et enfumé. Je vais y passer la soirée : atmosphère sympathique de routards.
Mais le vin « retsina »  est redoutable.  
C'est un vin à base de savatiano, blanc ou rosé. On y ajoute de la résine de pin d'Alep au moment de la fermentation. La résine stabilise le vin, qui ne s'améliore donc pas en vieillissant, et lui permet de résister à la chaleur. Elle est ensuite retirée, avec les lies, par soutirages.
En tout cas, je ne me méfie pas. C’est lorsque je rentre à la pension que j’en ressens les premiers effets. Je suis malade. Je lave peu ou prou les draps que je vais étendre dans une cour intérieure. Heureusement qu’il y a deux lits dans la chambre. Je dors dans le second.
Je ne boirai plus de retsina, promis !

Jeudi 2 avril 1987

Au matin, il me faut bien expliquer dans un mauvais anglais au gérant de la pension ce qui est arrivé à mes draps. Il me regarde d’un air entendu !
Pour me remettre d’un mal de crâne lancinant, je visite à la « fraîche », à pied, les quartiers Kastelli et Splanzia.
Je m’arrête ensuite dans une agence et je loue une voiture pour la journée. Un peu poussive, la voiture… J’espère qu’elle va tenir le coup !
Je pars alors dans la montagne. Je mange au village de Lakis une salade crétoise.


L’olivier, omniprésent dans le paysage crétois, est l’arbre sacré depuis l’Antiquité. Les olives et l’huile d’olive se retrouvent forcément dans les assiettes.
La petite route serpente au milieu des champs d'orangers, de mandariniers puis d'oliviers. La montée vers le plateau est splendide.


Je croise des chèvres en liberté. 
J’arrive sur le plateau d'Omalos (1050 m), au milieu des crêtes du massif de Lefka Ori, utilisé pour la culture des pommes de terre et des céréales.
Le plateau d'Omalos était le refuge et la base des résistants de la région pendant les siècles de l'occupation turque mais aussi pendant toute période difficile de résistance contre tout conquérant.
Actuellement, le plateau est recouvert de neige. Contraste saisissant avec la vallée où poussent les oranges. Je charge en auto-stop un quidam que je vais laisser sur le plateau, sans savoir trop où il se rend, dans ce désert blanc.
J’arrive à l'entrée des gorges de Samaria, enneigées. L’accès en est fermé à cette saison. C'est le plus long défilé d’Europe, qui descend sur 18 kilomètres du plateau d’Omalos jusqu'au niveau de la mer au village d' Agia Roumeli. C’est un parc national.
Au retour, je m’arrête dans la vallée pour cueillir une mandarine bien juteuse…

Je suis de retour à Hania pour 17h30. Je vais rendre la voiture à l’agence.
Je bois l’apéro et je mange dans un restaurant sur le port. « No retsina, please !»
Je rentre à la pension à 22h.

Vendredi 3 avril 1987

10h30, gare routière de Hania… Je repars en bus à Héraklion. On arrive à 13h30.
Pour me débarrasser de mon sac à dos, je cherche d’abord un hébergement. Je m’installe dans une « guesthouse », modeste mais correcte.
Je passe l’après-midi et la soirée à Héraklion. Sur une place, un touriste hilare en short et casquette photographie sans discrétion un malheureux pope orthodoxe qui passait par là, tournant autour comme une mouche...
Devant les boutiques de souvenirs, les cartes postales de femmes nues voisinent curieusement avec les icônes orthodoxes et autres bondieuseries.
Depuis une cabine publique, je téléphone en France à la maison pour donner de mes nouvelles. C’est Alexia qui décroche…
Après un repas au resto et une balade dans les rues, je rentre à la « guesthouse ».

Samedi 4 avril 1987

Ma bourse se tarit. Je choisis l’auto-stop pour me rendre à Aghios Nikolaos, dans l'est de l'île. Une voiture me charge rapidement ; et j'y arrive à 11h30.
Entourée de montagnes, la ville est située dans la baie de Mirabelo, à l'est de la Crète. C’est une ville de tourisme, station balnéaire. Tourisme très différent de celui d’Hania.
La curiosité naturelle la plus spectaculaire en ville est un lac d'eau douce au bord duquel s'alignent les tables et les chaises des nombreux cafés et restaurants. Le lac sert actuellement de port aux nombreux bateaux de pêche, car depuis 1870, il est relié par un canal au véritable port.
J’évite les terrasses bondées des restaurants pour monter sur les hauteurs de la ville. D’ici la vue sur le port est somptueuse.


Je fais une balade dans les rues de la ville, qui ne retiennent pas particulièrement mon attention. Je m’arrête dans un bistro populaire pour manger une salade.
Dans l'après-midi, je quitte la ville à pied par la route. Je bifurque bientôt dans un chemin qui pénètre dans la montagne environnante : végétation méditerranéenne, vignes, oliviers, cultures en terrasses. Je flâne dans ce milieu aride, j’observe la flore et je me repose au soleil.


Je rentre en stop pour 19h30 à Héraklion. Je vais m’installer dans un petit hôtel de routards, moins cher que la « guesthouse » : possibilité de dormir en chambre commune ou sur la terrasse de l’hôtel.
Je passe la soirée en ville : discussion jusqu'à minuit en terrasse d'une taverne.
Je rentre à l’hôtel et dors dans la chambre commune où j’avais installé mon sac de couchage.

Dimanche 5 avril 1987

Dans la matinée, je pars à Arkanès (ou Archanes) à 16 km d’Héraklion. Je prends d’abord le bus qui mène à Knossos ; je poursuis en auto-stop et  termine à pied.
 Archanes se situe juste à quelques kilomètres au sud de Knossos, sur le versant d’une petite colline. Le bourg se dresse sur un site se trouvant face à la montagne sacrée de Jouchtas. Selon les mythes, Zeus fut enterré dans l’une des grottes. La campagne environnante possède de nombreux vignobles. Ici est produit le meilleur raisin crétois et le célèbre vin d’Archanes.
Le bourg est un lieu très agréable. Je flâne dans les ruelles écrasées de soleil.


Je mange dans une des tavernes situées autour de la place principale. 

L’après-midi, je me dirige vers la colline de Fourni, nécropole antique découverte en 1960.
C'est un lieu magnifique couvert de vignes, d'oliviers, de cyprès, de pins et de lauriers. La nécropole est située sur une petite colline. On y accède par un chemin pierreux, montueux, rempli de senteurs méditerranéennes. Les fouilles effectuées ont exhumé 26 bâtiments funéraires, 5 tombes à Tholos et bien d'autres tombeaux. Ce vaste cimetière fut en usage pendant plus de 1000 ans (2400 à 1200 avant J-C). On y a découvert des sépultures royales, garnies de mobiliers qui disent l'opulence des princes enterrés.
Je me balade sur la colline, mais ne peux pénétrer dans le site lui-même, fermé. Il fallait en effet demander la clef au village…
Depuis Archanes, je rejoins à pied la route principale, et je continue en stop jusqu’à Héraklion.
Je passe à nouveau la nuit dans le petit hôtel.

Lundi 6 avril 1987

Je prends un petit déjeuner en terrasse devant la fontaine Morosini, sur la place Vénizélou qui rappelle en plus petit la place Saint-Marc à Venise.
Le matin, je vais visiter le musée historique d'Héraklion. Il retrace l'histoire de la Crète depuis le début de l'ère chrétienne jusqu'à aujourd'hui.
Je passe encore une partie de l’après-midi en ville, sac à dos sur les épaules. Ayant épuisé ce matin mes dernières drachmes, je me dirige à pied vers l'aéroport, situé à quelques kilomètres de la ville.
L’avion décolle à 17h30. C’est toujours un charter. J’y retrouve une partie des touristes de l’aller. Ambiance…

Arrivée à Orly à 20h10 (heure française).
Pierre et Sylvie m'attendent à l'aéroport.


*****

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire